Un petit vote toutes les deux heures !

Just like a fly on a wall [PV Gracy]


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Message envoyé le : Lun 17 Oct - 19:31

Jude Nashton
La journée était déjà largement entamée quand Jude se décida enfin à ouvrir les yeux. Le visage emmitouflé dans le pelage de son compagnon à quatre pates, c'est la voix sans aucune grâce de sa "colocataire" de bonne fortune qui la tira de sa torpeur. La jeune femme poussa un long soupire alors que l'air de God save the Queen se déversait comme un vomissement de notes écorchées ininterrompu.

- Et Dieu inventa la surdité par compassion...

Elle avait craché ces quelques mots comme un chaton mécontent. Son crâne lui donnait l'impression d'enfler et de désenfler en rythme avec la cacophonie de son amie, alors que les coups des bourreaux de Mask lui guillotinaient encore chacun de ses muscles. Ils lui avaient tiré dessus cette-fois, brisant la règle l'entente cordiale durant un brisage de chevilles en bonne et due forme. La prochaine fois, elle ne ferait pas que mordre comme un clébard acculé qui tente vainement de sauver sa vie, c'était une promesse, et la gamine n'en faisait jamais qu'elle savait ne pouvoir tenir. Après avoir ronchonné quelques minutes, Dawn fini par accorder à Jude - entre deux très longues taff sur le bang conçu à partir d'une bouteille en plastique bon marché- le privilège d'entendre la révélation du siècle.

- Tu sais quoi Judy ? Ce matin quand je suis rentrée, ben j'ai réfléchi à un truc...

Alors que son visage émergeaient du pelage du chien-oreiller-chauffage, ses sourcils se haussèrent avec stupeurs.

- Comme quoi tout est possible... Et alors ?

La blondinette se mordilla la lèvre inferieur en contemplant sa bouteille au goulot fumant, les sourcils froncés et le nez plissé.

- Ben... Rien du tout.

Sa voix était tombée aussi sèchement que le désert lui même ne pouvait l'être. Depuis toujours, Dawn et Jude sont liées par cette étrange mascarade de fausse compagnonnerie. Avant elle, la rouquine avait connu ce Jason, ce "Toad" insupportable avec lequel, arrêter une chamallerie, c'était comme étouffer sur place. Il arrivait souvent à son aînée d'être agacée, voir parfois même blessée par l'outrecuidance de Jude. La jeune femme ne craignait pas grand chose. A mis chemin entre courage aberrant et inconsciente folie, Jude forçait parfois le respect de certains "crève-la-faim" de Gotham. Elle ne reculait jamais, elle encaissait toujours, se relevait et continuait sa route sans jamais demander son reste. Le genre de personne qui vous sabote une relation volontairement quand elle se trouve devenir trop proche, trop intime. C'était comme si elle se complaisait dans sa solitude et son mal-être, s'excusant de cela par le fait qu'elle ne voulait être déçue et trahie par personne. La jeune femme avait donc depuis toujours dressé cette forteresse imprenable autour de sa personne, et jetait au visage de ceux qui osaient tenter l'ascension, son huile bouillante de pedance et de vulgarité.

- Ha... Fausse alerte, mais bel effort. Sur ce...

Dans un râle étouffé de douleur, pestant et jurant comme un charretier, Jude tenta de trouver une position assise non sans difficulté. Le pire, ça allait être de passer de celle-ci à debout quand votre corps tout entier décide de vous dire "merde".

Il lui fallut une éternité pour gagner l'effarant portail de l'asile d'Arkham. Tout dans cette bâtisse ne lui évoquait que de vieux et sordides films d'horreurs qui avaient sûrement contribués à son fort dérangement d'aujourd'hui. Et c'était "là" qu'on le retenait ?
Cette pensée lui offrit tant une sensation de peur que de colère. La mâchoire serrée, elle se déplaçait tant bien que mal sur ses deux jambes encore engourdies. Son visage portait lui aussi encore les marques de sa dernière altercation avec son pseudo patron. Sa lèvre inferieur était encore noircie et plus gonflée, tandis que des straps bardaient des cicatrices sur sa joue et ses tempes. Ils n'avaient pas été tendre avec elle, personne ne l'était jamais, pas même son foyer. Au sein même des intestins pestilentiels de mère Gotahm s'était élevée seule son enfant. Jude avait été comme un chiot que l'on adopte sans penser au lendemain, puis que l'on abandonne un soir pluvieux dans la caniveau. Après ça, l'errance du cabot qui vis des restes et pour qui chaque main tendue valait dix cicatrices.

Jude se tourna vers le chien qui l'avait accompagné, et d'une voix calme lui avait intimé de l'attendre ici. Il s'appelait "Barghest". Son pelage noir et sale, ainsi que sa physiologie évoquait celle d'un Groenendael, mais son gabarit était celui d'un bon gros poney shetland. Elle l'avait trouvé agonisant dans un sac poubelle il y a trois ans, en compagnie du reste de la portée décimée et  aux membres disloqués. Un malade avait du vouloir se débarrasser d'eux en cognant à répétition le sac contre le mur de la ruelle. Est-ce que ce monde était réellement sérieux...?
C'est en grande adoratrice de la littérature britannique, qu'elle avait décidé de le nommer ainsi. Quand dans la pénombre de Gotham, ce monstre de poils et de crocs voyait ses yeux se teinter de ce reflet bleu-verdâtre que l'on connait à tous les animaux, qu'il évoqua à la jeune sans-abris le chien des Baskerville. Le lien était donc fait, son nom tout trouvé.

Jude franchit le portail et se rendit sans plus attendre vers l'accueil du centre. C'est là que se dressa devant elle l'obstacle tant redouté... "Une réceptionniste". Soupirant longuement, elle se dirigea vers le comptoir à la femme rondouillarde et l'air patibulaire avant de répondre assez sèchement à son "bonjour" par sa demande.

- J'voudrais voir l'un de vos patients... Il s'appel "Edward Nashton".

Son interlocutrice haussa un sourcil, alors que le regard de Jude semblait lui rétorquer qu'elle pouvait tenter de reformuler son exigence en des termes plus simples à comprendre pour elle. La réceptionniste lui répondit qu'il ne lui serait pas possible de le rencontrer sans donner de réelles raisons à cela.

- C'était pas une question...

Jude tenta de contenir son agacement en prenant une profonde inspiration, le regard plus menaçant, elle se pencha sur le comptoir comme un animal grognant et près à mordre.

- Monsieur Nashton est... "ma seule famille". J'ai demandé gentiment à le voir, alors faites le nécessaire pour que cela se fasse. Maintenant. Avant que cette simple visite de courtoisie ne prenne des proportions dramatiques.

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Message envoyé le : Jeu 20 Oct - 11:53

Grace Waterhouse
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Grace se dépêcha de noter dans son carnet les souvenirs qu'elle souhaitait conserver de la séance qu'elle venait d'avoir avec un patient. Le pauvre homme souffrait d'une forme particulière de trichotillomanie – il mangeait ses cheveux dès qu'ils poussaient suffisamment longs pour qu'il puisse les atteindre avec ses dents. Lorsqu'il avait eu fini de consommer ses propres cheveux, il s'était mis à souhaiter manger ceux des autres. Certaines de ses victimes avaient résisté, et le drame qui avait décidé les juges à l'envoyer à Arkham avait pris place dans ces conditions peu favorables au dialogue.
Son cas était passionnant, et Grace aurait bien passé une matinée calme à travailler sur la suite de sa thérapie, mais on venait de toquer brutalement contre une porte qui ne résisterait plus longtemps à ce genre d'assaut pour lui annoncer qu'elle était demandée de toute urgence à l'accueil. Elle avait demandé des précisions et obtenu une réponse vague : une jeune fille demandait à voir Nygma, et « pétait un scand' » pour qu'on le lui autorise. Scarlet Elkins était introuvable, et c'est donc à elle qu'on s'adressait pour donner ou non son aval. L'homme qui était venu la déranger s'attendait visiblement à ce qu'elle lui ordonne de dire à la sécurité d'escorter la trouble-fête dehors, mais Grace lui confirma qu'elle arriverait dans un instant pour régler la question.

Elle referma le carnet et le rangea bien à sa place parmi ses dossiers. Elle enfila les chaussures à talons qu'elle avait discrètement enlevées pendant la séance, et se précipita dans des escaliers qu'elle commençait à connaître par cœur. Elle se dirigea sans souci dans le dédale à présent familier de l'asile, mais elle éprouvait toujours une sensation étrange, celle d'être perdue en plein milieu d'une forêt hostile et épiée par les yeux des prédateurs tout autour d'elle.

Elle ne laissa cependant pas le frisson qui lui parcourait le dos chaque matin lorsqu'elle entrait dans l'hôpital et apercevait les boiseries décrépies lui monter à la tête, et elle atteignit bientôt le hall. En effet, une jeune femme était en train de se disputer avec la conciergerie. Elle s'approcha à petits pas rapides, prête à désarmer la situation.

« Bonjour », fit-elle en tendant une main à la jeune fille, « Je suis le docteur Waterhouse. Je... M'occupe de M. Nashton en l'absence de sa psychiatre. »

Un pieux mensonge. Une toute petite déformation de la réalité. Elle tenait compagnie à Edward quand celui-ci, las de s'ennuyer seul dans sa cellule, décidait qu'il en avait assez et la réclamait si bien à cors et à cris qu'il finissait par obtenir qu'elle se déplace. Il semblait beaucoup apprécier le pouvoir qu'il avait de la faire accourir lorsqu'il le souhaitait.

« Que puis-je faire pour vous ? Je crois comprendre que vous souhaitiez voir M. Nashton ? Vous n'êtes pas sans savoir qu'il est un de nos patients les plus dangereux, nous ne pouvons pas simplement accepter une entrevue sans un entretien préalable avec vous... »

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Message envoyé le : Ven 21 Oct - 21:22

Jude Nashton
On pouvait accuser l'Homme de bien des maux, mais il était aux yeux de certains un enfer bien plus grand que d'avoir à réclamer un du face à une administration sourde. Jude savait pertinemment qu'on ne lui accorderait pas si facilement un droit de visite, pas si rapidement, et certainement pas dans sa condition actuelle. Il lui fallait trouver un moyen de passer outre les détails basiques, et surtout d'attirer l'attention plus haut sans pour autant risquer de se faire jeter dehors, ou pire, enfermer. Car oui, dans cette société, la colère et l'indignation sont souvent jugés fardeau des fous et se heurtent à l'incompréhension du plus aveugle. Jude réclamait à avoir pouvoir prétendre à son droit le plus légitime : être en contact avec sa "seule" famille. Et elle ne quitterait pas les lieux avant d'avoir pu le rencontrer, où reçu l'autorisation de le faire dans un futur proche. Sa situation là dehors, elle devenait de plus en plus critique, et elle devait au moins s'assurer avoir un allier, un ami, un sang dans cette jungle à ses côtés. Peu importe ce qu'il en coûte ou ce que le monde en pense. Au bout d'un certain temps, alors que la rixe verbale commençait à s'enflammer comme lave qui bouillonne sous la surface, une personne s'approcha du comptoir à son tour et tendit une main franche et amicale vers la jeune femme.

Jude, dont les rangers boueuses avaient escaladé la petite courante métallique en bas du comptoir, dont les mains sales se cramponnaient au plan bois, dont le regard restait vissé dans celui de la réceptionniste en chiens de faïence... Fini par détourner son attention lentement au profit de sa nouvelle interlocutrice. La rouquine jugea la nouvelle venue d'un œil inquisiteur alors qu'elle se présentait à elle des plus poliment qui soit, méfiante et à la fois ravie de voir qu'il suffisait de hausser le ton pour que l'on accourt faire taire le médisant et le fauteur de trouble. L'idée l'amusa suffisamment pour qu'un demi sourire satisfait ne s'empare du coin de ses lèvres rendues encore vinasses par les cicatrices et rougeurs qui les bardaient. Ce même sourire qu'elle adressa à la victime de sa mascarade, son plus beau regard hautain en prime. Comme pour lui dire "Tu vois quand tu veux, les choses se font vite !".

En suppo de Satan enguenillé, Jude adressa son plus grand sourire amical au médecin qui s'était présentée à elle. Descendant de son petit perchoir à la manière d'un enfant joyeux, son regard se posa sur la main trop blanche et trop propre pour être malhonnête, de la jeune femme en face d'elle. Si bien, que par réflexe elle tenta d'essuyer rapidement la paume de la sienne sur ses vêtements avant de répondre positivement à l'invitation en lui serrant la main.

" Mon nom est Jude, Jude Nashton. Je suis ravie de faire votre connaissance docteur, surtout si comme vous le dites, vous êtes de ceux qui sont en charge de "Son" dossier. "


Elle se retint grandement de faire connaître sa désapprobation quant à l'appellation "dangereux" qui avait été collé telle une étiquette de la honte à Ed, préférant de loin le silence de celui qui ignorait tout des normes et fonctions qui régissaient le domaine hospitalier. Sa verve était en contradiction avec son accoutrement. Jude avait une très bonne diction pour une fille de la rue, surtout quand il était nécessaire de se faire bien voir. Peut-être que quelque part, les enseignements de Merry et Samuel Nashton n'avaient pas été une perte de temps significative dans le fond.

" Seriez-vous disponible actuellement ? J'ignore si... Je pourrais revenir prochainement... Revenir tout court en fait. "

Il n'y avait pas plus honnête comme révélation, et la résignation cachée derrière ces mots étaient lisibles tant dans son regard qu'au travers de ses traits amochés. Jude ignorait si son employeur estimait en avoir fini avec elle, et redoutait encore et toujours que le Pingouin ne découvre la douloureuse vérité qui se cachait derrière ces marques. Si cela devait arriver, elle le paierait très cher. Elle qui s'était pourtant rapproché de cet étrange individu dans le but d'ouvrir d'illusion et d'espoir sa porte de sortie.

...  Non, il FALLAIT qu'elle rencontre Ed ... Jude en était rendue à un tournant de l'histoire où cette conclusion était devenue vitale.

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Message envoyé le : Ven 21 Oct - 22:46

Grace Waterhouse
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« Oui, bien sûr ! »

Fit Grace, qui n'était pas disponible du tout.
Il lui restait une montagne de dossiers à remplir et à éplucher, sans parler de tout le travail administratif qui ne se ferait pas tout seul, et des quelques sessions qui devaient encore occuper ses journées. Mais tant pis, elle ferait des heures supplémentaires, même si cela voulait dire rester tard à travailler, après la nuit tombée, dans la bâtisse déjà lugubre en plein jour. Elle ne pouvait pas ramener les documents chez elle, et de toute façon, elle logeait encore dans une chambre d'hôtel pas beaucoup plus confortable que son bureau à Arkham. Mais le soir, les grandes fenêtres de la pièce où elle pratiquait devenaient menaçantes, les branches des arbres raclant contre les vitres...

Elle étouffa un frisson. On avait besoin d'elle, et elle répondrait à l'appel. Elle avait observé la jeune fille qui lui faisait face, et déterminé que l'adolescente avait sans doute une raison particulière de souhaiter voir son parent criminel et interné à présent. Si les marques qui lui couvraient la figure, le cou et les avant-bras étaient une indication, alors elle était dans un sacré pétrin, et Grace se dit qu'elle pourrait peut-être, avec un peu de chance, faire quelque chose pour l'aider.

« Suivez-moi, nous allons discuter de tout ça au calme. »


Elle commençait à connaître l'asile par cœur, et n'eut aucun mal à guider l'adolescente à travers un dédale de couloirs obscurs et étroits jusqu'à une petite salle libre, qui avait dû à l'époque être la bibliothèque personnelle d'un des psychiatres mais servait maintenant surtout de débarras à meubles brisés. Néanmoins, elle trouva deux chaises dans un état correct qu'elle installa l'une face à l'autre. Ici, aucun danger d'être interrompues ni surprises : elles pourraient discuter la main sur le cœur.

« Mademoiselle Nashton, pardonnez ma question, mais... Qu'est-ce qui vous est arrivé ? D'où viennent ces marques ? Est-ce que ç'a un rapport avec la raison pour laquelle vous souhaitez parler à Edward ? Je vous en prie, soyez sincère. Si je peux vous aider, je le ferai, mais j'ai besoin de savoir. »

Elle releva vers son interlocutrice de grands yeux pleins d'innocence et de bonne volonté. Oh, elle savait bien qu'à Gotham, les jeunes étaient soumis à de terribles épreuves... Mais en l'occurrence, elle avait aussi peur de la réaction d'Edward s'il apprenait qu'un membre de sa famille avait souffert de ce genre de soucis. Il ne lui donnerait pas forcément de bons conseils, et s'il prenait l'affaire à cœur, il était capable de se mettre dans le pétrin lui-même. Et, pour une raison qui lui échappait, Grace se sentait un tout petit peu responsable de lui. Probablement parce qu'elle était déjà aux petits soins pour le distraire et s'occuper de son cancer, de son traitement, de ses conditions de vie... Elle se souvenait mal de comment tout cela avait commencé. Bien sûr, il y avait eu l'épisode du bain, mais après ça, les choses avaient évolué très vite, comme si un ordre naturel prenait sa place entre eux deux. Très étrange.
D'ailleurs, en parlant des soins à lui apporter, elle se permit de vérifier une information sensible :

« Vous êtes au courant que Mr. Nygma est gravement malade, n'est-ce pas ? »

Peut-être était-ce en partie pour ça qu'elle insistait aussi lourdement pour le voir, mais Grace n'était pas dupe. Il y avait quelque chose d'autre derrière tout ça, et elle était fermement résolue à ne pas céder à sa demande avant d'en avoir le cœur net.

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Message envoyé le : Sam 22 Oct - 0:42

Jude Nashton
Jude hocha la tête. Sa mine ne perdait rien de son sérieux habituel, mais intérieurement ce "oui" avait retiré un poids de sur ses épaules si conséquent, qu'elle en jurait entendre ses articulations craquer. Presque tout le monde déteste les hôpitaux. Jude elle, s’en fiche, ou disons plutôt qu’elle les déteste moins que les morgues, ou encore les cimetières. Quand on dit ça aux gens, la plupart du temps ils se rangent basiquement à votre avis, ou bien se contentent de la fermer parce qu’ils ne savent pas trop quoi répondre. Depuis l'aube de la raison, elle était juste... Une âme errante, un cœur perdu qui se cherche encore une raison de vivre, de persister dans ce monde où elle ne savait sa place.  Au cœur des entrailles de mère Gotham, la jeune femme se demandait encore et sans cesse pourquoi s’acharner à lui retirer tout ce qui brille, tout ce qui tien chaud. Tout ce que son cœur aspire à aimer et chérir. A l'origine, son père était seul à se montrer aimant et attentionné à son égard. La maladie, une calamité venue du ciel d'après Merry, le lui avait arraché. Elle avait eu droit aux sanglots silencieux d'Ed et leurs jeux d'enfants que seul le cœur tâchait de garder en mémoire. " Fais moi une blague !" lui disait-elle, son cheveux sur la langue depuis longtemps perdu. Jude avait eu tellement de mal à comprendre le principe des devinettes et des jeux de questions-réponses que pour le commun des mortels, elle en aurait été exaspérante. Lui aussi on le lui avait prit, c'était pas sa faute à lui s'il était "comme ça" ... On l'y avait aidé. Peut-être que si le monde... ?

Enfin il y avait sa véritable mère, celle de sang. Celle pour qui Jude aurait retourné ciel et terre pour que l'oxygène qu'elle respire soit juste un peu plus pur. Ce type, ce mauvais type que personne ne chercherait jamais. Parce que certaines âmes valent moins que d'autres, et qu'Abigail -sa mère donc- pourrait bien crever dans le silence et l'indifférence général que cela ne dérangerait pas l'opinion publique. Des statistiques, les gens n'étaient rien d'autre que des poches à fric, et des statistiques en tout genre. Il y avait ceux qui gouvernaient et dont le monde se souciait, et il y avait les rats. Jude avait depuis longtemps accepté la place qui était la sienne : Un rat s’obstinant à bouffer Gotham par ses entrailles. Fuyant la moindre lueur. Sifflant de méfiance aux preuves d'amour de peur qu'on ne lui reprenne.

Perdue dans ses pensées, elle ne pipa mot de tout le trajet, suivant dans le plus grand des calmes le docteur Waterhouse. Une fois la porte passée, elle jeta un rapide coup d’œil sur l'ensemble du décor peut ragoutant de l'endroit.

" ... Vous avez honte de vous montrer en publique avec une sans-abris doc ? "

Avait-elle demandé la malice peinte sur le visage. Son instinct encore bien trop en éveil lui interdisait de prendre une place assise, préférant de loin naviguer dans le peu d'espace alloué. Puis le couperet tomba. Est-ce que sa réponse pouvait réellement influencer la décision de cette femme ?

" Je suis tombée..."


Lui répondit-elle le plus naturellement du monde avant de soupirer. Peut-être qu'à l'inverse, déclarer l'état d'urgence pourrait lui permettre de presser les choses, et lui octroyer un laisser passer plus rapidement ?

" ... Sur le poing d'un type, une dizaine de fois d'affiler. Son genoux aussi. Et je crois qu'il m'a marché dessus sans faire exprès. En temps normal je m'en fiche, j'encaisse et j'enchaîne parce que je suis une personne bourrée d'un truc très con qu'on appelle "des principes"... Mais cette fois, c'est allé plus loin que d'habitude."


Jude se crispa, la morsure de la balle dans son omoplate agissant sur ses muscles comme un fantôme hantant son corps, ses tympans comme percés par le claquement de l'arme. Instinctivement, ses doigts glissèrent sur son épaules et cherchèrent le contact douloureux des bandes velpo qui recouvrait ses points de suture.

" ... Je sais qu'Eddy a des amis dehors. C'est pas tous des gens bien, mais je m'en fiche. J'suis pas une bonne personne non plus. "


Elle s'était mordu la lèvre après avoir dit ça, fronçant les sourcils. L'idiote... Comme s'il s'agissait de choses à dire dans ce genre de circonstances. Mais c'était vrai, il lui avait fallu s'acoquiner avec bandits et escrocs, en prenant des risques inconsidérés pour souvent pas grand chose à part cracher du sang et quelques miettes de sa raison qui s'effritait. Quand ce fu au tour de sa dernière question de tomber, Jude soupira à nouveau presque exaspérée.

" Vous l'avez déjà traité d'individu dangereux tout à l'heure, maintenant c'est un malade grave ? Je vais finir par me vexer pour lui... Sincèrement..."


Un peu sèche dans sa manière de s'exprimer, elle n'était pour l'heure encore que capable d'être guidée par cette envie grotesque de le défendre. Un frisson la parcouru, elle avait pris des pincettes bien trop soigneuses pour lui poser cette question. La rouquine était loin d'être une lumière contrairement à celui qu'elle cherchait à rencontrer... Mais elle savait faire confiance à son instinct, c'était probablement la seule raison pour laquelle elle était encore en vie. Ce n'était un secret pour personne qu'Ed avait un problème, mais le couteau n'est dangereux que parce que la main qui le tien est mal intentionnée non ? Et même si elle pourrait débattre des heures sur le sujet, ce point précis lui posait question. Simple procédure pour s'assurer qu'elle avait conscience de ce fameux problème ? Ou était-ce autre chose ? Jude pâlie à l'idée de la seconde option. Quand son regard se porta à nouveau sur son interlocutrice, ce fu pour chercher secours et approbation dans son regard tant que dans ses mots.

" Vous... Parliez bien de ça doc... J'me trompe ?"

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Message envoyé le : Sam 22 Oct - 11:59

Grace Waterhouse
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Grace baissa la tête sous le poids du nouveau fardeau qui venait de lui tomber sur les épaules. Elle savait que les jeunes à Gotham étaient presque tous en difficulté. Elle savait qu'il était dur pour les familles des personnes internées d'accepter la réalité des souffrances mentales de leurs proches. Mais là, elle avait en face d'elle l'incarnation concrète de ces cauchemars qu'elle faisait parfois. Elle avait espéré que ce moment n'arriverait jamais, mais dans cette ville, dans cette vieille bâtisse pleine de fantômes, les espoirs étaient vains et elle aurait dû s'en douter. L'ironie de la jeune fille l'avait fait tiquer. Elle avait côtoyé suffisamment de personnes malades pour savoir que la douleur poussait souvent à ce genre d'attitude bravache. Au départ, elle avait juste souri, et répondu, très calme :

« Bien sûr que non, je pense juste que nous serons plus tranquilles ici pour discuter. »


Mais au fut et à mesure que la conversation avançait, le malaise s'était intensifié. Elle était cependant reconnaissante que la parente d'Edward ait choisi d'être sincère avec elle. Elle savait bien le prix qu'avait une telle confession pour celui qui la délivre, et elle savait aussi qu'il fallait du courage, et que la récompense à la clef en valait la peine. Elle-même s'était sentie bien mieux lorsqu'elle avait enfin accepté de parler de ses ex à Will, son psychologue, et c'était la seule manière qu'elle avait trouvé de partager un peu le poids de ses secrets. Bien sûr, l'adolescente n'était pas sa patiente. Mais Grace souhaitait toujours aider au maximum de ses capacités, et elle s'inquiétait. De plus, Edward, même s'il n'avait jamais mentionné la jeune fille, ne l'avait sûrement pas oubliée, et la voir pourrait être très bénéfique pour lui. Un lien avec le monde extérieur, qui l'avait rejeté et pour lequel il n'avait en retour que mépris et colère.

« Je suis certaine qu'Edward vous aiderait volontiers, mais... Je ne suis pas sûre que ce soit la meilleure solution pour vous. Si vous avez besoin de soutien, dans tous les cas, vous pouvez compter sur moi. Avoir de la famille et des proches, des visites, c'est très important pour nos patients, et j'aimerais beaucoup pouvoir vous demander votre aide pour qu'Edward se sente mieux à Arkham. »

Elle marqua une pause. Le reste de ce qu'elle avait à dire serait plus difficile à dévoiler. Elle n'aimait pas annoncer de mauvaises nouvelles, mais pour une raison qui lui échappait, c'était toujours sur elle que ça tombait. Elle était de toute façon trop gentille pour refuser de se coltiner la corvée quand un collègue lui demandait d'aller prévenir la famille d'un patient d'une tentative de suicide ou d'un accident arrivé lors d'une bagarre.

Elle baissa la tête à nouveau et la secoua légèrement, l'air contrit. Elle soupira.

« J'aimerais bien... Mais malheureusement non. Edward... Il s'avère qu'il souffre d'un cancer. Une tumeur au cerveau, pour être précise. Je vous assure que nous faisons tout notre possible pour qu'il soit soigné au mieux, mais... Ses chances de rémission sont minces. »


Rien que d'en parler, elle avait les larmes aux yeux. Elle aurait tellement voulu pouvoir changer les choses, obtenir de meilleurs médicaments, une posologie dictée par un spécialiste, voir même une opération par un chirurgien expérimenté... Mais l'ombre qui menaçait la vie d'Edward ne faisait que grandir et grossir comme une boursouflure monstrueuse et invisible, à l'intérieur de son crâne. L'idée la faisait paniquer. Elle ne devait cependant pas le montrer devant la jeune fille. Elle ne voulait pas l'inquiéter. Elle se força à mettre tout ça de côté, à sourire.

« Il sera ravi de vous voir malgré les circonstances, j'en suis sûre ! Est-ce que je pourrais assister à l'entretien, si ça ne vous gêne pas trop ? Je serai tenue au secret médical, bien entendu. »


C'était faux, techniquement, mais elle considérait cette potentielle conversation comme privée et elle agirait en fonction. Après tout, la petite venait seulement voir son parent et lui demander un peu d'aide, il n'y avait aucune raison de prévenir la police ou rien d'aussi dramatique. N'est-ce pas ?

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Message envoyé le : Dim 23 Oct - 23:57

Jude Nashton
La première fois que ses yeux se sont rouvert entre les murs blancs d'un centre hospitalier, ce fu pour paradoxalement contempler un monde de noirceur et de souffrance. C'est de cette manière que l'enfant Jude voyait les choses depuis presque toujours. Après avoir embrassé l'idée même de mourir des mains de truands, et songer ne jamais de réveiller à nouveau. Dans cette pièce elle était seule, bien plus que jamais, et elle ignorait si son corps ou son cœur la faisait le plus souffrir. Même si la jeune femme n'avait pas attendu de pouvoir poser la question, elle ne savait que trop bien par avance l'absence de visite. Pourquoi quelqu'un se serait-il soucié d'elle ? Parce que personne ne le faisait jamais, et parce qu'elle faisait absolument tout pour. Mais dans le fond, la petite fille à l'esprit tuméfié n'espérait-elle pas juste qu'on insiste ? Qu'on ne lui tende plus la main, mais qu'on saisisse la sienne pour la forcer à regarder droit dans les yeux l'espoir et le lendemain un peu moins pluvieux ? Son esprit était un torrent boueux de paradoxes aussi chaotiques les uns que les autres, et elle même avait souvent du mal à comprendre sa propre personne.

Jude fu légèrement déstabilisée quand le médecin évoqua le fait de l'aider elle même. Elle se contenta en guise de réponse, de froncer les sourcils, interrogative.  Pourquoi une inconnue ferait cela ? C'était au delà de sa juridiction. Parce que Jude ne lui renvoyait à ce point qu'une image triste et détraquée ? Elle lui ferait la charité à lui offrir son aide pieuse et bien tombée ?
La mendiante de rien n'en était pas plus que ce qu'elle réclamait. Un gros rien éventé.
A quoi bon s'arrêter pour elle ou vouloir se soucier de son sort ? Elle n'était pourtant bel et bien qu'une petite chose aussi dénigrée que dénigrante. Grace lui demanda alors son aide quant à Edward et les visites possibles, comme un espoir de le voir sortir d'ici par la grande porte. Jude acquiesça d'un mouvement de la tête franc et déterminé. Si elle pouvait faire quelque chose, semer quelques miettes de bien contre le fleuve amer de son mal, ça compterait peut-être non ?

Le regard assez vague, dans le suspens des mots lui confirmant ses craintes, Jude s'adossa au mur derrière elle. Il n'était pas difficile de deviner le malaise qui l'étreignait, elle avait toujours eu ce "tic" en cas de stress, se mordiller l'intérieur des lèvres frénétiquement. Beaucoup de personnes le faisaient, mais Merry détestait cela. Elle ne comptait plus les paires de gifles essuyées parce que ça faisait "idiot", "mentalement dérangé". Morue...
Avant même d'entendre la suite, le "malheureusement" par lequel avait commencé sa révélation avait rendu le monde soudainement froid et bien plus noir pour la jeune femme qui ferma les yeux  de dépit instinctivement. Comme un enfant craignant la présence du Croquemitaine sous son lit, espérant que le rideau de ses paupières le protègerait du monstre. Ces mots... Juste ces seuls et uniquement ces mots. Elle avait entendu "tumeur" et "rémission mince", tonnant dans son esprit aussi fort que le coup de feu qui la hantait. C'était comme si le néant s'emparait d'elle de l'intérieur, qu'il menaçait de l'avaler elle, cet asile, cette maudite ville et tout le reste en ne laissant rien que les miettes d'un sombre passé. Comme si âme et raison l'avait quitté, que le cœur avait cessé de battre pendant un instant. Ses mains se plaquèrent contre son visage, ne laissant entendre qu'une interminable inspiration. Sous elle se sol semblait se dérober, trahissant la faiblesse de ses jambes qui l'abonnaient aussi, la laissant glisser contre son mur jusqu'à rencontrer le sol. Elle se souvenait des yeux noirs, trop noirs de son père, qui après une énième lecture du livre d'Enoch à sa fille, lui avait alors dit " Qu'on ne vivait bien qu'au fin fond de la folie au final". C'était au bord de cet abîme que la jeune femme dansait chaque jour et chaque nuit depuis qu'elle avait quitté les siens. Les voix de ces chimères l'appelant en écho, comme les sirènes du vice guide la main du meurtrier.

" ... Je l'ignorais. "

Ces mots à peine prononcés, comme étouffés. Elle se sentait comme... Une petite mouche sur un mur que la main massive d'un luchador aurait écrasée sans compassion. N'était-il pas plus humain de l'achever à la fin plutôt que de l'aider à se relever encore et encore ? Ce monde était-il à ce point encré dans le sadisme et la haine de ses enfants ? La seule conviction qui lui revenait en plein visage, c'était que l'avenir n'était qu'un long passé. Elle ne voulait plus se voir à l'écart à observer la maladie emporter une vie à laquelle elle tenait. C'était... Injuste ? Égoïste ? Elle qui n'avait même pas eu le courage de tenir la main de son défunt père quand la même merde l'avait touché quelques années avant, elle vivait cette annonce comme une punition, une calamité venue du ciel dont elle n'avait rien vu venir. Comme si c'était de sa faute à elle. Entrelaçant ses doigts devant ses lèvres, elle pris quelques secondes pour elle.

" J'ai perdu mon père de cette manière..."

Déclara t'elle en détournant le visage, soupirant, étouffant le sanglot enfantin qui grondait en elle. Le feu s'était emparé de ses joues et on devinait un voile salé recouvrir ses pupilles. Il lui était si difficile de se comporter en adulte quand tout lui donnait l'envie de faire l'enfant. Se mettre en boule dans un coin, et attendre que le temps passe et l'emporte. Comme une bourre de poussière sous un meuble, comme rien du tout.

" Non ça ne me dérange pas... Tant que je peux lui parler. De toute manière, vous n'avez plus vraiment le choix maintenant... Je DOIS le voir, peut importe ce qui en résultera. L'inverse ne serait pas juste... Pas vrai ? "

Elle cherchait à nouveau l'approbation dans le regard, ou dans l'attitude de son interlocutrice. Si elle ne le lui permettait au final pas, le petit rat roux de Gotham trouverait un moyen d'arriver à ses fins. Elle songea qu'il pourrait finir ses jours ici, entre ces murs ternis par le temps et Dieu sait encore quelles histoires. L'idée lui fit plus mal encore que les contusions qui lui arasaient les côtes, l'idée la dégoutait. On le voyait malade, on le voyait fou. Et cela lui donnait donc le droit de crever dans un coin aussi sordide ? Comme un chien abandonné ? C'était hors de question... Ce "privilège" lui était réservé à elle, Ed, lui il méritait mieux et surtout autre chose. C'était en tout cas ce que la gamine pensait, refusant de voir le démon, préférant garder en image fixe l'humain et le lien du sang. Elle aurait sûrement tout le temps de s'en mordre les doigts par la suite, bien que son propre sort lui paraissait bien fade à côté de tout ça maintenant. Jude fronça les sourcils en observant le médecin, interrogative.

" J'ai vu pas mal de médecins m'annoncer de sales nouvelles vous savez. Tous avaient juste l'air de faire leur travail, et juste ça. Accompagnant le tout d'un "désolé" et d'une main sur l'épaule cérémonieuse. Mais vous Waterhouse... Vous avez l'air... "Concernée" par son cas. "

Faute d'être aussi maligne et débrouillarde que son aîné, Jude avait au moins une capacité d'observation pertinente. C'était l'un de ses seuls dons avec son amour modéré pour la musique en général. Elle estimait que les notes changeaient la couleur du monde et facilitait l'évasion, dernier rempart pour elle avant de s'imaginer sombrer dans un enfer plus important, et franchir la limite qui la sépare des consommateurs des merdes qu'elles dealait... Et bien d'elle même.

" Vous l'appréciez, n'est-ce pas ? "

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Message envoyé le : Lun 24 Oct - 17:50

Grace Waterhouse
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Grace ne supportait pas de voir le monde de la jeune fille s'effriter sous ses yeux sans pouvoir rien faire. Elle aurait pu détourner la tête, mais ce n'était pas dans son caractère. Elle avait été dans les deux positions, et elle savait à quel point il était déchirant de s'entendre dire ces mots. « désolé », « trop tard », « rien pu faire »... L'impuissance des médecins les touchait eux aussi, et au final, on avait à faire à deux personnes qui s'étaient battues pour la vie d'une autre, l'une par la médecine, l'autre par ses espoirs, et qui avaient toutes échoué.

Elle posa une main légère sur l'épaule de la demoiselle, pensa lui proposer un mouchoir pour ses larmes mais se ravisa en se disant que la petite avait l'air bien dur et qu'elle pourrait prendre ça comme une preuve de sa faiblesse. Elle n'avait pas besoin de ce genre de souci maintenant. Grace serra son bras, l'air véritablement désolée. Elle-même ne pouvait rien faire pour Edward et ça la rendait folle d'être complice de ce qui se passait dans les tréfonds de l'asile, où il se mourait dans l'indifférence la plus totale. Elle aurait voulu être cancérologue, pouvoir le soigner, elle aurait voulu pouvoir dénoncer le staff qui s'en moquait, mais qui l'aurait écoutée, nouvelle arrivée dans cette ville qui s'embourbait dans la misère la plus triste et la plus glauque ?

« Je suis désolée pour votre père. Bien sûr, vous pourrez voir Edward avant que... Son état ne s'aggrave, si cela doit arriver. »

« Vous avez l'air... "Concernée" par son cas. »

C'était vrai. Grace le savait très bien. Elle était bien plus concernée par le destin de Nygma qu'elle n'aurait dû l'être. Elle s'était trop attachée au personnage. Pourtant, jusqu'ici, elle n'était pas tombée amoureuse de ce genre d'homme. Elle était inévitablement attirée par les sportifs les plus populaires du lycée ou de son université, des garçons adorables, mais loin d'être des génies du mal. Elle était la première surprise de ce qui lui arrivait. Ca lui était tombé dessus sans prévenir.

Elle devait avoir l'air d'avoir été prise en traître. Elle hésita, se passa une main gênée dans les cheveux.

« Eh bien, je... Je m'inquiète de la santé de nos patients. Et puis, vous avez l'air très affectée par ce qui lui arrive. »

Elle soupira, laissant retomber sa main et croisant les bras, mal à l'aise. La jeune femme semblait être très observatrice et ça ne faisait pas son affaire. Elle ne pensait pas qu'elle aurait un jour quelque chose à cacher. Et si jamais Edward lui parlait d'elle ? Peut-être qu'elle pourrait enfin savoir ce qui le poussait, lui, à l'appeler régulièrement dans sa cellule, parfois juste pour l'insulter, parfois pour lui poser des énigmes et s'énerver quand elle ne trouvait pas la solution assez vite à son goût, parfois il refusait même de lui adresser la parole sans qu'elle sache ce qui l'avait décidé à lui demander de venir.

Elle tenta d'en revenir au cas de la jeune fille qu'elle avait en face d'elle. Elle s'inquiétait de la laisser approcher Edward si elle avait vraiment des problèmes dangereux collés aux basques, mais elle s'inquiétait également de la laisser baguenauder dans la nature toute seule. A son âge, elle était déjà orpheline au moins de père... Grace était une mère poule dans l'âme et l'idée d'abandonner une adolescente aux entrailles de Gotham lui retournait l'estomac.
Elle sortit de sa poche un formulaire d'autorisation de visite qu'elle avait saisi rapidement sur le bureau de la réceptionniste avant de parti, au cas où.

« J'aurais besoin de vos nom, prénom, adresse, numéro de téléphone, emploi ou source de revenus... »

Au moins elle en saurait plus sur la petite et elle pourrait mener l'enquête, à défaut de voir son aide acceptée. Hors de question qu'elle reste passive sur cette affaire, surtout si l'entretien se déroulait bien et qu'il s'avérait qu'Edward était attaché à sa parente. Elle ne le laisserait pas perdre ça aussi, après avoir été dépouillé de tout, jusqu'à sa santé, par le terrible hôpital.

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Message envoyé le : Mer 26 Oct - 21:04

Jude Nashton
Jude resta cloitrée dans un mutisme certains pendant quelques minutes. Le choc était là, mais surtout, elle ne trouvait rien de bien malin à dire de plus. Ses derniers mots, elle les avaient quelque part aussi énoncé dans le but de se rassurer, de se dire qu'elle n'était pas le seul être à voir Ed autrement qu'à travers le masque déformant de ses mauvaises frasques. Que quelqu'un dans cet établissement n'espérait pas juste le voir mourir lentement comme un poisson rouge dans son bocal. Elle se souvint bêtement de cette leçon de moral trop bien apprise que lui avait enseigné un professeur dans ses jeunes années. Sans dire un mot, elle était entrée dans la salle de classe, et avait écrit au tableau le plus beau poème qu'il lui avait été donné de lire. Mais voilà, l'un des mots était cruellement mal orthographié, ce qui ne manqua pas de faire rire aux éclats l'assemblée, invitant l'institutrice à retourner elle même à l'école. Essuyant les remarques, elle n'avait pas bronché. Ce n'est qu'au bout de quelques minutes qu'elle fini par s'adresser à ses élèves en ces termes : " Voici une leçon que vous ne devrez jamais oublier. Peut importe ce que vous ferez de bien dans la vie, le monde ne vous en félicitera jamais pour cela. Parce que l'Homme estime le bien et la réussite d'autrui comme acquise. En revanche, faites une seule erreur, et tout le monde le soulignera pendant des heures, voir des années. "

Si elle savait à quel point elle avait raison... Avant d'être le Sphinx que tout le monde jugeait et redoutait, Ed avait été "Ed". Qu'est-ce que les gens faisaient de tout les petits morceaux de bien qu'il avait semé avant ce jour ? Pourquoi ne pouvait-on s'arrêter qu'à ces analyses primaires et stupides "cet homme est fou", "cet homme est dangereux". Elle avait connu un être humain avant d'entendre parler d'un monstre, est-ce que cela ne comptait pas ? Pourquoi condamner ton enfant Gotham, alors que c'est toi qui l'a transformé ainsi, toi et tes Hommes. Jude songea au nombre incroyable de ces "fous" que comptait l'asile, certainement moins bien lotis qu'elle, qui n'avait rien d'autre que ses yeux pour pleurer. Elle avait envie de monter sur les toits du monde et de leur vomir au visage cette triste vérité, mais à quoi bon ? C'est elle qui comprenait mal la vie. Elle et ceux qui se refusaient d'entrer dans ce système putride. A moins qu'ils n'aient finis par réellement jouer le jeu justement, jeu auquel ils ne voulaient prendre part, sentant à des kilomètre l'odeur fétide de corruption et de vice qui s'en dégageait. Ce qui les a immanquablement conduit dans cette descente aux enfers. Jude pris une profonde inspiration, tentant de calmer son esprit divergent, son esprit qui comme à chaque fois partait dans tout les sens, comme une série de rochers lancés contre le bouclier fendu de sa raison.

La rouquine eu un instant de recul quand Grace posa sa main sur son épaule. Crispée, la jeune femme avait stoppé net ses divagations, elle en avait même cessé de respirer pendant une seconde. Elle n'attendait plus rien de la main de l'Homme à part les coups qui sans cesse revenaient, toujours plus violents. Par instinct, elle ferma les yeux, fronçant les sourcils, comme si elle s'attendait bêtement à être battue. Jude détestait qu'on la touche, à la manière d'un chien battu toute sa vie durant, elle grognait et mordait, préférant faire le boucher plutôt que le veau. Faire mal AVANT qu'on ne lui fasse mal à elle. Pourtant cette main n'avait rien d'hostile, au contraire, elle sentait même la chaleur réconfortante qui tentait de s'en échapper. Ses yeux se rouvrirent, lentement. Elle semblait à la fois déboussolée et étrangement calme. Comme si ce genre d'attention était quelque chose de nouveau pour elle. Machinalement, elle fini par énoncer sans relever ce regard qui s'était cloué sur la semelle de ses rangers boueuses.

" Jude Nashton... Je vis au 3 de la rue Hamilton-Dwayne dans l'East-End. "

Une personne bien renseignée et connaissant Gotham un minimum, n'aurait pas grand mal à localiser l'endroit comme étant l'un de ceux laissé à l'abandon par la mairie Gothamite. Un véritable repaire de tout et n'importe quoi, et surtout de n'importe quoi.

" ... Je ... N'aime pas vraiment tout ce qui touche aux téléphones et à la technologie en général, je n'en ai pour ainsi dire pas. Je peux vous donner celui de ma "colocataire" si vous le souhaitez par contre... Et emploi... Et bien ça non plus je n'en ai pas vraiment. Je m'en sort avec des petits boulots, par-ci par-là... Jamais rien de bien sérieux. "


L'administratif était une barrière contre laquelle Jude ne pouvait pas lutter dans sa situation. Elle ne possédait pas de téléphone parce qu'elle ne pouvait se le permettre, et elle ne pouvait décemment pas révéler qu'elle était tenue à la gorge par Black Mask dans le but d'écouler dans Gotham ses merdes. Que sa moral lui interdisait d'ailleurs de fournir à certaines personnes, comme les jeunes aux sorties des écoles. Ce qui lui valait immanquablement ces rappels à l'ordre aujourd'hui marqués à l'encre indélébile sur sa peau exsangue. Ca et sa grande gueule. Alors que l'une de ses jambes s'affolait, sautillant frénétiquement en signe de malaise, Jude soupira profondément, comme résolue.

" Je n'veux pas lui causer de tords doc... Il en a assez comme ça. J'veux juste savoir si..."

L'idée était bouleversante, blessante même. Mais penser qu'elle n'ai pu être oublié et écartée de tout dans sa folie vengeresse était se voiler la face, et elle devait se préparer à cette éventualité.

" ... J'veux plus lui demander d'aide pour quoi que ce soit... J'ai changé d'avis. Je... J'en ai assez d'être un fardeau. Vous comprenez ? Je veux juste être sûre que " j'existe encore ". Même si c'est égoïste de penser comme ça. Je veux savoir si je compte, si je peux aider, j'en sais rien... Je veux savoir si on me laisse aider, c'est tout. "


Son regard toujours braqué vers le sol, elle ramena machinalement ses genoux contre sa poitrine. Ses doigts glissant dans sa chevelure rousse, étreignant son crâne d'une poigne ferme, comme si elle lui permettait de mieux encaisser, de mieux contenir cette colère et cette peine... A ce rythme, c'est elle qui se retrouverait bientôt dans une de ces cellules capitonnées, mais dans son cas, elle doutait fortement qu'on ne daigne créer le moindre scandale à l'accueil pour espérer la rencontrer.

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Message envoyé le : Mer 26 Oct - 21:41

Grace Waterhouse
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Jude... Elle était comme une petite lueur d'espoir, une tache de clarté dans l'océan sombre des boiseries de l'asile psychiatrique. Grace était bien contente qu'elle soit venue voir son patient préféré. Edward en avait besoin, il se morfondait dans sa cellule. Elle avait même entendu dire qu'il avait eu des soucis avec un des gardes, qu'ils avaient été obligés de lui injecter du sédatif, qu'il avait été punis. Rien ne pourrait lui faire plus de bien que de reprendre contact avec la vie normale via cette jeune fille aux nerfs à fleurs de peau mais au cœur pur.

La psychiatre ne se focalisa pas sur l'adresse que lui donna la jeune fille, ne connaissant pas très bien Gotham, mais n'importe quel imbécile aurait pu se rendre compte que la suite des informations sonnait louche. Pas de téléphone, des guillemets évidents au terme « colocataire », pas d'emploi stable ni de référence précise à ceux qu'elle avait effectués dernièrement... Grace soupira, notant le peu qu'on voulait bien lui accorder de savoir sur la feuille qu'elle tenait, se contentant de mettre des croix dans les champs manquants. Elle se sentait de plus en plus mal à l'aise de voir cette jeunesse Gothamite galérer dans les rues, et se battre pour sa survie. La jolie Jude aurait dû être à l'université, en train de faire de brillantes études, d'art peut-être, sur un campus sain et auprès de professeurs bienveillants. Au lieu de ça, la voilà perdue dans les méandres de la ville, jusqu'à tomber au point le plus bas, le plus noir : sur l'île pétrifiée d'Arkham, où le temps semblait s'écouler différemment du continent, où le bruit des vagues et la bruine marine n'avaient rien d'apaisant. Les eaux noires qui entouraient les roches entre lesquels le bâtiment s'élevaient ressemblaient à une mer de pétrole, polluée par les fumées qui s'élevaient de la ville avoisinante.

Grace réprima un frisson et se concentra sur le cas de Jude. Cette petite avait besoin d'aide, peut-être autant que son parent interné, et elle était décidée à la lui apporter dans la mesure de ses moyens. Elle-même logeait à l'hôtel, mais visiblement la rouquine avait un point de chute, elle n'aurait donc pas à la loger. En revanche, lui trouver un emploi ne serait pas du luxe. Elles pourraient peut-être écrire ensemble un CV et une lettre de motivation, et les envoyer à certaines boutiques du centre-ville qui cherchaient des jeunes branchés pour tenir le magasin... Mais c'était s'avancer. Il fallait déjà que la jeune fille accepte son aide, et ce n'était pas gagné. Grace avait senti la tension dans son bras lorsqu'elle l'avait touchée, et hésité à retirer sa main, mais Jude s'était peu à peu détendue comme si elle s'habituait au contact. Peut-être l'avait-elle prise par surprise.

Il fallait aussi décider si, en fin de compte, elle pourrait voir Edward ou non. La jeune psychologue fut soulagée qu'elle renonce à demander de l'aide au Sphinx. Elle préférait qu'il évite de renouer avec ses origines et ses fréquentations criminelles autant que faire se pouvait.

« Bien sûr, mais vous savez, les gens et les situations changent... Peut-être que vous ne pourrez pas aider Edward aujourd'hui, ou qu'il ne sera pas heureux de vous voir même si j'en doute. Ca ne veut pas dire pour autant que vous n'êtes rien. »


Elle posa son autre main symétriquement sur l'épaule gauche de Jude, prenant soin d'être lente et douce dans son geste pour ne pas risquer de surprendre la jeune femme.

« Et à propos de l'aide que vous souhaitiez lui demander, si je peux la fournir à sa place, je le ferai. C'est une promesse. »


Elle regarda la rousse dans les yeux, parfaitement sincère. Elle était prête à se mettre en quatre pour Edward et pour ses proches. Elle ne pouvait pas protéger tout le monde, mais elle s'était entichée de cet homme-là et elle comptait bien faire tout son possible pour que lui et sa famille se portent bien. C'était une gouttelette d'eau dans l'océan qui s'étendait, menaçant, aux pieds de la cité corrompue, mais si elle devait nager contre le courant, elle le ferait de toutes ses forces, et tant pis si elle se faisait emporter.
Gotham l'avait avalée toute entière, sans prévenir, et elle avait lié son destin à celui de Nygma, et par là à celui de Jude Nashton, avant même d'avoir pu réaliser ce qu'elle faisait. Et elle en était heureuse.

« Alors dites-moi, que vous arrive-t-il ? »

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Message envoyé le : Jeu 27 Oct - 11:38

Jude Nashton
Jude sembla mal à l'aise à l'approche de la seconde main de Grace, comme si ça lui permettrait d'assurer une pseudo autorité sur elle que de la "tenir" ainsi. Pourtant, elle ne chercha pas à éviter le contact plus que de raison. C'était très étrange qu'on vienne à lui parler comme un être humain. En temps normal, même loin des affres de la vie de petite frappe, Jude était confrontée au regard mauvais, ou tout simplement l'ignorance. Les sans-abris de Gotham, comme partout ailleurs dans le monde, était un peut les rébus de notre société, des gens qui n'avaient su s'adapter à notre système pensaient même certains. Comment leur dire que pour une partie d'entre eux, ils fuyaient simplement la détresse de leur monde d'origine, comme leur faire comprendre que d'autres ont vécu l'enfer ici même, sur ce sol américain, qu'ils ont tout perdu alors qu'ils étaient avant cela comme eux, des gens propres que la moral pardonne.

La jeune femme pouffa de désillusions à l'évocation de la possible réaction d'Edward à son sujet. S'il elle ne pouvait rien faire aujourd'hui, elle ne le pourrait jamais. Elle s'en voulait ainsi de ne pas avoir su se comporter de manière civile avant que tout cela ne commence. Pourquoi n'avait-elle pas juste attendu qu'on le prévienne quand elle s'était présentée à Wayne Enterprise, pourquoi fallait-il toujours qu'elle se croit plus maligne que les autres, qu'elle agisse de manière aussi cavalière. La vérité c'est que Jude s'en voulait. Elle s'en voulait encore plus en constatant avec amertume du nombre de "et si" que comportait son discours, son raisonnement. Avec des "si", on referait le monde... Mais ça ne change en rien celui dans lequel nous vivons.

La rouquine leva les yeux vers la psychiatre, enfin. Elle... Lui proposait son aide ? Vraiment ? Jude se mordit la lèvre inférieur. Pas qu'elle aurait refusé, il faudrait être stupide pour le faire, mais voilà, Jude l'était. Et plus que tout, elle se demandait s'il était judicieux de mêler à ce genres d'histoires un médecin en apparence respectable comme elle. Edward avait déjà les deux pieds dans ce milieu malheureusement, c'est aussi pour cela qu'elle avait songé lui demander son aide à lui. Une fois dedans, sautiller dans la mélasse ou s'y accroupir revenait au même non ? On était au final toujours les pieds visés dedans et on s'y enfonçait. Mais Grace n'avait à première vue aucune raison de s'acoquiner avec des malfrats, pourquoi Jude accepterait donc son aide qui l'y contraindrait forcément ?

" C'est... Gentil de votre part, mais je ne pense pas que ce soit une bonne idée Doc. Vous l'avez dit vous-même, ce n'est pas la solution. Je n'aimerais pas vous créer d'ennuis inutiles. "

Un soupire. Ses lèvres ses pincèrent alors qu'elle semblait chercher ses mots, les mieux choisis, c'était nécessaire.

" Mon cas est un peu particulier... Vous n'allez pas vous en servir dans ce dossier si j'en parle ? "

Dit-elle en adressant un regard oblique aux papiers sur lesquels avaient été notés, tant bien que mal, le peu d'informations qu'elle avait bien voulu fournir. Au pire que risquait-elle ? De finir en prison pour avoir osé dire qu'elle dealait de la drogue ? Un nouveau tabassage dans les règles de l'art pour s'être révélée être un témoin potentiel contre ses employeurs que la ville rêvait de renvoyer -ou d'envoyer tout court- derrière les barreaux ? La bonne affaire, peut-être que cette fois-ci le coup de feu ne manquerait pas d'achever la pauvre bête. Elel chercha un peut d'approbation avant de continuer.

" Je suis tenue à gorge doc... Le nom Roman Sionis vous évoque quelque chose ? "

Le temps de la laisser réfléchir à la question, Jude se défit de son étreinte bienveillante, et d'une main sûre elle retira son manteau, découvrant ainsi ses bras, épaules et une partie de son buste sans que cela ne devienne véritablement osé. Sa peau était noircie d'ecchymoses et de cicatrices encore récentes pour certaines. Un véritable chef-d'œuvre de torture certains diraient.

" C'est pour lui que je travail, je ne l'ai pas choisi si vous vous posez la question... Comme en témoigne "tout ça" on est souvent en désaccord. Vue mon milieu, j'entends souvent beaucoup de choses, et j'ai appris pour les connexions d'Edward. J'ai essayé de me rapprocher de l'une de ses connaissances, on dit même qu'ils seraient amis là dehors. C'est peut-être la seule issue de secours qui soit encore à ma portée, vous comprenez ? Le problème, c'est que mon nouveau patron ne s'entend pas avec l'ancien, et je voulais naïvement pouvoir rencontrer Ed avant que la situation ne prenne une mauvaise tournure... Encore une fois. "

Elle espérait dans le fond qu'on ne lui demande pas d'évoquer le reste de sa famille. Craignant de lire la pitié dans le regard du médecin, une chose qu'elle détestait par dessus tout.

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Message envoyé le : Jeu 27 Oct - 23:12

Grace Waterhouse
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Grace posa ses feuillets dans un bruissement de papier lorsque Jude lui demanda si elle comptait y inscrire ce qu'elle allait lui confier. Elle positionna son stylo en équilibre par-dessus et lâcha le tout, n'y accordant plus d'importance. Elle était psychologue, mais son rôle pouvait aussi relever de l'accompagnement. Elle avait déjà fait équipe avec une assistante sociale lors d'un de ses stages, et leur coopération s'était très bien passée. La jeune étudiante savait mettre les collégiens en confiance, et sa collègue trouvait toujours les moyens les plus adaptés de les aider. Mais là, elle se retrouvait seule dans une ville prise à la gorge par le crime. La petite avait raison, combien de temps pourrait-elle tenir avant de s'y retrouver elle-même engloutie jusqu'au cou, battant des bras pour garder le visage au-dessus du niveau de la surface ? Elle s'enfonçait déjà dans les entrailles fétides d'Arkham quotidiennement, et elle était lentement mais sûrement en train de tomber entre les griffes d'un des résidents...

Grace avait réalisé que quelque chose clochait lorsqu'elle avait cessé de rêver de sa famille. Certes, ces souvenirs étaient douloureux car ils lui manquaient tous, mais ils la maintenaient à flots. Ses signes de vie s'étaient faits de plus en plus rare et sa mère lui reprochait souvent de ne pas écrire, de ne pas téléphoner... Mais elle ne pouvait pas leur parler, pas pour leur dire ce qui se passait à l'asile, pas pour leur raconter sa vie dans une chambre d'hôtel, pas pour leur décrire ses relations avec ses collègues et les quelques amis qu'elle s'était faits. Elle eut une pensée pour Jahan, dont elle se demandait où il pouvait bien être à l'heure qu'il était. Gotham était devenu pour elle un cauchemar sans fin, dont elle ne voyait pas le bout ni comment s'échapper, et elle voulait préserver la bulle familiale de son propre saut de l'ange jusque dans les tréfonds du crime. Le prix à payer était de les voir s'éloigner de plus en plus, jusqu'à ne distinguer que des silhouettes heureuses agitant les bras vers elle de l'autre côté de l'océan.

Roman Sionis. Elle était certaine d'avoir déjà entendu ce nom, mais elle aurait été bien en peine de décrire les circonstances dans lesquelles il lui était venu aux oreilles, aussi hocha-t-elle la tête négativement après une seconde de réflexion. Ce que lui apprit Jude par la suite ne la surprit pas. Elle avait dû entendre prononcer le nom du malfrat au journal télévisé alors qu'elle n'avait pas encore arrêté de le regarder, écoeurée par les images insoutenables des événements qui avaient lieu à un pas de chez elle, sous son nez, et auxquels elle ne pouvait rien. Le sentiment d'impuissance s'intensifia lorsque Jude voulut bien lui montrer les marques qui couvraient son corps. Grace ferma les yeux, portant ses doigts à sa bouche pour empêcher ses lèvres de s'entrouvrir sur un cri de stupeur et de peine.

Elle resta dans cette position le temps que la jeune fille lui explique de quoi il en retournait. Lorsqu'elle souleva à nouveau les paupières, son regard était dur. Comment pouvait-on faire ça à une enfant ? Elle était à peine sortie de l'adolescence qu'on lui menait déjà la vie dure pour ses opinions. Elle voulait bien croire que la petite n'ait pas eu le choix quant à son employeur. C'était cette capacité à choisir que Grace souhaitait lui rendre, comme on offre un cadeau à un gamin pour le consoler d'avoir perdu autre chose de bien plus important. En repentir, peut-être, de ne pouvoir aider qu'elle seule. Mais elle l'aiderait. Elle l'avait promis.

« Merci pour ta confiance, Jude. »


C'était la moindre des choses. La petite risquait gros à dévoiler tout ça à un fonctionnaire. Elle devait vraiment être à bout de forces et de moyens. Cette réalisation peina encore plus la psychiatre. Elle n'était pas Batman, elle ne pouvait pas l'appeler, mais elle lui aurait bien demandé son aide pour changer enfin cette ville en profondeur, pour y insuffler un peu d'espoir... Mais elle était un citoyen lambda. Elle devrait se contenter de ses maigres moyens. Elle n'était pas un justicier masqué et suréquipé, elle devrait faire à son échelle, mais sauver une gamine des foudres d'un employeur peu scrupuleux, ça devrait pouvoir se faire, non ?

« Tu n'as plus besoin de travailler pour lui. Je financerai tes études, si tu veux. J'ai un bon salaire, ici, je peux me le permettre, et je veux que ça serve à quelque chose. »


Il en faudrait peut-être plus pour la convaincre, mais la psychiatre s'entêta.

« Je suis sûre qu'Edward en serait heureux si tu choisissais de reprendre une vie normale. Et puis... Te voir comme ça... »


Elle leva la main, très doucement, vers un des bleus qui parsemaient le corps de la jeune fille.

« … Ca le mettrait en colère. Je préfère éviter. Il est déjà de mauvaise humeur ces temps-ci. »


Elle détourna la tête, ne pouvant empêcher les larmes de lui monter aux yeux. La dernière fois qu'ils s'étaient vus, le Sphinx lui avait crié dessus, hors de lui lorsqu'elle n'avait pas réussi à résoudre l'énigme complexe qu'il lui avait jeté dessus à peine était-elle entrée dans la cellule. Elle avait fait de son mieux pour le calmer, mais rien n'y avait fait. Elle avait fui la salle pour cacher ses pleurs. Elle détestait décevoir Nygma. Et voilà une semaine qu'il ne lui avait pas adressé la parole, même quand elle était venue s'excuser. Elle n'avait pas pu se résoudre à tricher en regardant la solution sur Internet, car elle savait qu'il s'en apercevrait d'une manière ou d'une autre et le lui reprocherait, mais la tentation avait été forte.

« Est-ce que je peux faire quoi que ce soit d'autre pour toi ? »


Demanda-t-elle en se mettant à fouiller sur les étagères entassées dans la salle de stockage pour se donner une contenance. Elle trouva enfin ce qu'elle cherchait, des compresses, du désinfectant, de la crème... On pouvait dire que l'asile regorgeait de matériel, encore fallait-il que quelqu'un veuille bien se donner la peine de s'en servir. Armes en main, elle se retourna vers la jeune femme et s'en approcha, tout doucement, pour ne pas la brusquer.

« Laisse-moi juste... Ca ne fera pas mal. »

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Message envoyé le : Sam 29 Oct - 0:57

Jude Nashton
La remercier pour sa confiance ?
Jude baissa la tête comme désolée. Ce n'était pas lui faire une faveur que de lui confier tout ça, au contraire. La jeune femme craignait tellement de mettre dans l'embarras les autres. Elle ne voulait se lier à personne, parce qu'elle craignait la déception, le rejet. Mais elle se le refusait également car elle savait indéniablement sa chute arriver. Jude ne voulait emporter personne avec elle quand le jour maudit surviendrait, et se confier n'était que tendre le bâton pour mieux se faire battre. Car oui, un jour quelqu'un se rendrait compte qu'elle joue double jeux, qu'elle n'est sincère avec aucun des deux partis qui l’emploi, et ce jour, elle tomberait seule, comme le chien que l'on laisse crever dans le caniveau. Donc le corps sans vie peut rester à gire là sous l'œil de tous pendant des jours sans que personne n'y fasse rien. Peut-être que la municipalité enverrait des hommes de l'entretient nettoyer ses traces à elle aussi, une fois que tout ça aura pris fin.

" Je n'ai pas dans l'intention de lui faire un strip tease vous savez ? "

Dit-elle avec une once d'humour, comme pour essayer de détendre l'atmosphère. Elle avait remarqué que ses révélations avaient mises mal à l'aise le médecin, et se demandait encore si elle avait bien fait de se confier. Elle la mettait en danger bon sang... Elle ne pouvait pas se permettre de fricoter avec qui que ce soit. A l'évocation à nouveau de l'aide potentielle qu'elle pouvait lui apporter, Jude baissa à nouveau la tête penaude. Le simple fait de lui accorder son droit de visite était énorme pour la jeune femme.

" Oui... Ne pas prendre part à tout ça. Je n'ai pas envie que quelqu'un paye par ma faute... Et "ils" vous feront payer si vous vous rapprochez de moi. C'est certain. "

Malgré la douceur de ses gestes, Jude ne pu s'empêcher de reculer, acculée contre son mur qu'elle ne quittait définitivement plus. Malgré tout, elle la laissa prendre possession de ses blessures. Les plus graves d'entres elles avaient été prises en compte et soignées par les gens de l'hôpital, mais elle savait que les pansements devaient être changer régulièrement sous peine d'infections. Elle n'avait pas les moyens ni même la possibilité là dehors de faire en sorte que les choses se passent bien de ce côté là. Tomber sur quelqu'un comme cette Grace qui daignait s'attarder dessus était une aubaine. Elle pris sur elle alors, la laissant opérer, bien qu'au moindre geste trop brusque, ou trop suspect pour elle. Son bras avait tendance à fuir. Elle se demanda si elle ne pouvait pas abuser de sa charité d'aide soignante pour...

" ... Les bleus c'est pas grave... J'aurais besoin d'aide pour ça par contre... Si vous voulez bien... "

A contre cœur, et aussi méfiante qu'un chaton en territoire inconnu, elle lui tourna à moitié le dos. révélant d'autant plus l'horreur de son histoire. Elle lui indiqua la large compresse imbibée qui couvrait en grande partie son omoplate, dissimulant l'horrible plaie qu'avait laissé la balle de l'un de ces tocards de chez Mask. C'était ça qu'elle avait sous entendu par "ils sont allés trop loin". La jeune femme avait refusé de se laisser bêtement cogner dessus, elle avait grogné, griffé et mordu. " Les animaux enragés, on les abats " lui avait-il lancé avant de presser la détente. Encore ce son perçant, cassant. Puis cette sensation de froid, et la peur de ne jamais se relever. L'odeur de la baie, ce sel qui lui brûlait les narines en se mélangeant à l'odeur du sang, son sang. Jude eu comme un sursaut de peur de se voir partir à nouveau, elle senti le feu lui monter aux joues, et à nouveau ce flot de larmes qu'elle tentait de contenir au mieux. C'était impensable, elle ne pouvait rien accepté d'elle, à part peut-être... LE sanglot dans la voix, elle fini par expliquer.

" Si vous voulez vraiment me venir en aide doc, alors j'aurais une simple requête à vous formuler. On ne peut rien pour moi, c'est déjà fichu. Même si je le voulais de toutes mes forces, je ne pourrais pas sortir de ce système, il me rattraperait toujours, et il boufferait tout ceux qui m'ont tendu la main avec. C'est comme ça Gotham... Mais vous... Vous pourriez faire quelque chose pour moi, pas de manière directe. Vous pourriez vous occuper comme il faut d'Edward, comme il le mérite. Que je puisse au moins m'endormir ce soir avec dans l'idée que quelqu'un rendra son calvaire ici moins horrible à vivre. C'est bien plus important... Vous pouvez faire ça... ? C'est possible ? "

Elle avait tourné un regard suppliant sans s'en rendre réellement compte. La rouquine espérait vainement, que par delà les mots et les promesses, s'il restait réellement si peu de temps à vivre, il fallait lui permettre de le faire pleinement. Jude lui aurait permis de sortir d'entre ces murs si on le lui avait permis. Mais voilà, même s'il était là dehors, qu'est-ce que ça aurait changé ? Il serait toujours malade, et surtout le Sphinx que les gens redoutent tant. Jude soupira, étouffant un nouveau sanglot en détournant à nouveau le regard.

" ... Les gens se fichent pas mal de leurs semblables. Ils sont pire que des animaux... Ils se bouffent entre eux au nom du plus fort, et ceux qui auraient la force et la possibilité d'aider, ils préfèrent se mettre des œillères histoire de ne pas perdre le peu de confort qu'ils possèdent. J'ai vu des choses depuis que j'ai quitté mon chez moi. Le viol, la maltraitance, ces gens qui sombrent dans la drogue... C'est pas normal, et pourtant ça ne choc personne. Pourtant, ils sont loin d'être cons tous autant qu'ils sont... Mais ils se servent de leur foutue cervelle pour des conneries, tirant le niveau de débilité et surtout de cruauté de cette ville vers le bas... Quand j'vous vois vous, agir comme vous le faites, je me demande vraiment si vous n'avez pas juste perdu un pari pour avoir échoué ici... Vous semblez encore soucieuse de ce qui vous entour doc, mais j'ai tellement peine à croire que ça puisse durer... "

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Message envoyé le : Sam 29 Oct - 8:32

Grace Waterhouse
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Grace ne put totalement étouffer un cri en plaquant sa main sur sa bouche lorsqu'elle vit le bandage imbibé de sang et de lymphe dans le dos de la jeune fille. Son espoir refluait à chaque fois qu'elle en apprenait plus. Que pouvait-elle vraiment faire pour lutter contre une cruauté pareille ? Jude se croyait perdue, et peut-être avait-elle raison. Dans cette misère ambiante, qui pouvait croire seulement à la survie ?

Elle détacha très, très lentement le bandage, autant pour être soigneuse que pour ne pas faire de gestes brusques dont elle avait compris qu'ils effrayaient sa patiente. La blessure se remit à saigner. Ils n'avaient pas fait le travail correctement. Elle gémit en découvrant l'étendue des dégâts. La plaie était béante et une pauvre compresse plaquée dessus ne suffirait pas, à quoi donc pensaient ses collègues lorsqu'ils s'étaient occupés d'elle ?! Elle se sentait un peu agacée par l'indifférence du corps médical face au drame qui se déroulait sous leurs yeux. Ne pouvaient-ils donc pas faire mieux que de rafistoler distraitement les pauvres âmes qu'on leur apportait jour après jour ? Elle n'était pas urgentiste, mais elle se doutait qu'ils voyaient leur lot de blessés par balles passer. Alors pourquoi n'avaient-ils pas soigné Jude correctement ?

« Il faudrait des points de suture... Je n'ai pas de quoi faire une anesthésie ici, il vaudrait mieux que vous retourniez à l'hôpital... »


Elle avait l'impression de la laisser tomber en la renvoyant vers ses collègues, une impression qu'elle n'avait jamais jusqu'ici eut à subir dans d'autres services. Même à Syndey, où les choses fonctionnaient étrangement du fait de la présence de l'étrange Alexei comme directeur de la section psychiatrique, elle avait pu compter sur ses collègues. Ici, elle se demandait s'ils prendraient simplement la peine d'aider la jeune blessée.

Elle se mit néanmoins en devoir de nettoyer la plaie de son mieux, avec des gestes doux et en appuyant discrètement sur des points d'acupuncture avec l'autre main pendant ce temps. Les médecines douces avaient fait leurs preuves, il aurait été stupide de ne pas tenter de s'en servir. Après tout, tout ce qu'on risquait était qu'elles ne fonctionnent pas.
Il y avait tellement de blocages énergétiques dans le corps de Jude qu'elle se demanda comment elle arrivait encore à marcher. Elle massa doucement un des points en dessinant de petits cercles autour avec son pouce. Elle n'était pas certaine que ce soit agréable, mais si ça pouvait aider... Grace était prête à tout s'il y avait ne serait-ce qu'une chance que ça ait un effet positif.

Heureusement, Jude lui tournait encore le dos lorsqu'elle lui demanda de prendre soin d'Edward. Cette fois, Grace ne put retenir ses larmes. On le lui avait dit bien des fois, elle était trop sensible pour être psychiatre... Mais c'était aussi ce qui faisait d'elle une bonne thérapeute. Nygma... Elle ne pouvait rien faire de plus pour lui. Elle ne pouvait que le laisser se morfondre des heures durant dans sa cellule, mourant à petit feu, et ça la rendait malade elle aussi. Mais elle ne pouvait pas mentir à Jude.

« Je ne peux rien faire de plus pour Edward... j'ai modifié son traitement, mais les résultats ne sont pas concluants. Je lui rends visite régulièrement, je peux lui apporter de quoi se distraire, mais c'est tout. »

Elle s'en voulait d'avoir la voix qui tremble.

« Je ne sais plus quoi faire pour l'aider. »


Avoua-t-elle.
Puis elle releva la tête, reprenant ses soins. Elle ne se laisserait pas défaire si facilement. Elle trouverait un moyen. Après tout, il était agonisant. Elle lui devait bien ça, passer les dernières années, peut-être les derniers mois de sa vie confortablement.

« C'est pour ça que je suis très heureuse que vous veniez le visiter. Ca lui fera plaisir ! »


Dit-elle en essuyant rapidement ses larmes. Elle n'avait pas de temps pour ces futilités et ces faiblesses si elle voulait être efficace. Elle tapota doucement la plaie avec une compresse. Elle avait cessé de saigner, c'était déjà ça, mais les chairs déchiquetées auraient bien mérité une opération ou au moins des sutures. Malgré son angoisse, elle se prit à rire lorsque Jude lui confia qu'elle ne pensait pas que sa sensibilité puisse résister aux assauts de la dure vie à Gotham où elle avait atterri.

« J'avais besoin d'un travail. Nous sommes quatre frères et sœurs dans la famille, dont deux qui vivent encore à la maison. Mes parents ne peuvent pas payer des études à tout le monde si les aînés ne se débrouillent pas par eux-mêmes. Et ne t'inquiète pas, j'ai toujours été soucieuse du sort des autres et je doute que quoi que ce soit m'en empêche. »


A moins que ça ne soit en soi un motif d'inquiétude. Elle risquait bien plus d'être blessée ainsi qu'en ne prenant par part aux querelles intestines en cours dans la ville en crise. Mais c'était plus fort qu'elle.

« Je te suis reconnaissante de ne pas vouloir me mêler à tout ça, mais... Si tu as un problème, une blessure, ou envie de voir Nygma... Tu sais que tu peux venir me trouver, d'accord ? »


Elle sortit de sa poche un papier et prit le stylo au logo de l'hôpital qui était clippé sur le tissu. Elle écrivit quelques mots avant de le tendre à la jeune fille avec un joli sourire.

« Mon adresse, et mon numéro de téléphone portable. N'hésite pas à appeler si tu veux des nouvelles d'Edward ou si tu as besoin de quoi que ce soit. Si je ne réponds pas, c'est que je suis en consultation, pas la peine de laisser de message, je te rappellerai quand je serai sortie. »

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Message envoyé le : Sam 29 Oct - 10:44

Jude Nashton
Devinant la grimace de la psychiatre à la découverte de sa plaie, Jude pouffa légèrement, juste le genre qui vous pousse à expirer un peut d'air par les narines en affichant un sourire idiot. Cette marque était à l'image de son discours : Une plaie béante sur laquelle les gens ferment les yeux alors qu'ils ont la possibilité d'agir, mais aucune volonté. Elle avait grimacé quand le pansement avait été retiré elle aussi, pas par honte, simplement parce que la compresse lui empêchait de sentir la douleur en dehors des mouvements.

" Ils n'ont rien fait la première fois... Pourquoi s'en occuperaient-ils maintenant doc ? Si vous avez de quoi refermer, ne vous gênez pas, promis je serais sage, si l'envie de mordre me prends, j'attendrais que vous aillez fini... "

Elle avait tellement reçu, que comme le voulait l'expression, son cuir était tanné. Jude n'avait pas peur des aiguilles non plus. En fait, elle n'avait pas peur de grand chose... Au final, pour elle même la fin en soit était synonyme de délivrance et non plus de châtiment. Elle se gardait bien d'émettre cette idée à voix haute, on l'aurait probablement enfermée elle aussi au milieu des dépressifs et des suicidaires. Mais cela aurait été plus cruel encore que le sort qui l'attendait là dehors. Jude était un peu comme un oiseau, mettez le en cage, là où il ne pourra plus déployer ses ailes, être libre, et il sera le plus malheureux du monde. Elle se serait vue juste mourir à petit feu, comme son cousin, ici, cloitrée entre quatre murs. L'idée lui offrit un frisson saisissant. Plutôt crever battu comme un chien...

Grace semblait franche et surtout désemparée quand elle disait ne pas savoir quoi faire de plus pour aider Edward. Jude affiche un demi sourire, et avec ironie finie par lui proposer.

" Faites le sortir de ce trou à rats... C'est quelque chose à faire de plus. "

Elle était en fait à moitié sérieuse derrière son masque de bouffon. Encore une fois, dans son esprit, c'était inhumain de laisser une personne s'éteindre ici. Voyant son heure arriver petits pas par petits pas. Jude savait pertinemment qu'une fois dehors, il recommencerait. C'était ce qu'il était. Ce qu'il était DEVENU. Ce n'est pas cet endroit ou quiconque qui pourrait changer quoi que ce soit à ce fait, pas même elle, pas même avec la moitié de ce même sang dans leurs veines.

Grace semblait toujours persuadée qu'il serait heureux de la revoir. Comme elle aurait voulu y croire elle aussi... Elle tenait à lui terrée dans son silence, elle l'admirait sous certains points. Elle était lamentablement de ceux qui avaient subit le système et s'en accommodait, de ceux qu'elle accusait de se servir de leur cervelle pour de mauvaises choses. Elle passait son temps à la vertical, à l'horizontal, par terre, la gueule en sang,  à bouffer de ses désillusions de ne jamais voir le monde changer. Dans sa folie des grandeurs et sa mégalomanie, Edward était lui bel et bien debout dans un monde qui crève, et s'il y avait une chose au moins qu'ils semblaient partager, c'était leur obstination, ce désir de ne jamais lâcher prise, pour de bonnes comme de mauvaises raisons.

" Vous êtes gentille. Vous êtes TROP gentille... Et ça j'en suis certaine malgré le peu de temps que nous avons partagé aujourd'hui. C'est ça que j'essaye de vous faire entendre. Vous le prouvez encore une fois. Comme le dit l'expression "Gentil n'a qu'un œil " doc, et au royaume des borgnes ce sont les aveugles qui sont rois, croire l'inverse est stupide... Vouloir aider tout le monde, c'est un beau rêve, mais à tendre la main à tout les chiens errants de Gotham, vous allez juste finir par vous faire mordre. "


... Et peut-être même crever de la rage quand on voit les espèces malades qui rôdent là dehors. Malgré tout, elle voulait se saisir de cette main tendue, pour une fois que ce n'était pas pour la lui coller dans la figure. Jude restait interdite, elle n'avait pas envie d'accepter son aide, mais face à tant de dévotion, que pouvait-elle réellement faire ? Elle n'était qu'un grain de sable, et le vent balaye les grains de sable par centaines. Elle récupéra le morceau de papier en hochant la tête, sans vraiment promettre qu'elle le ferait. Peut-être que si, dans le but surtout de prendre des nouvelles d'Ed. La situation commençait à devenir assez pesante pour la jeune femme. Elle se souvenait que l'être humain avait besoin de la chaleur de ses semblables, et qu'elle n'étaient exempt de cela... C'était effrayant, elle ne pourrait donc jamais s'éviter l'attachement et faire courir des risques inutiles aux autres ? Elle fini par remonter son manteau par dessus ses épaules, dissimulant à nouveau les résultats de la guerre qui faisait rage et dont elle n'était qu'une victime collatérale. Silencieuse, les lèvres pincées, elle fini par se faire plus interdite encore.

" Je dois y aller... J'ai besoin de prendre l'air. Et puis, vous avez sûrement beaucoup de travail, je ne compte pas vous importuner d'avantage. J'espère que ce sera suffisant... Dit-elle en jetant un bref regard en direction du dossier. Je... Je reviendrais pour Ed. "


Elle n'était même pas certaine qu'on lui laisserait le temps de le faire. Mais il fallait qu'elle se défasse ce lien. De toutes ces délicates attentions, ça devenait mauvais pour elle. Jude se redressa avec difficulté tout en effaçant les restes de son désarrois lui marquant le visage. Pressant le pas pour regagner la sortie.

" Demain ? C'est possible ? "

Elle attendit sagement une réponse, puis d'une main aussi vive que tremblotante, elle agrippa la poignée pour s'échapper. En ouvrant cette dernière, elle eu un instant d'arrêt, comme la prise d'une conscience qui n'avait plus sa place dans ce monde de fous. Jude se tourna de trois quart vers la psychiatre, hésitante, elle se mordit la lèvre inférieur.

" ... Et merci. Pour tout ce que vous faites. Vous êtes une bonne personne Dr. Waterhouse. "

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Message envoyé le : Sam 29 Oct - 14:18

Grace Waterhouse
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Grace fouilla quelques instants dans les bacs et trouva ce qu'elle cherchait. Elle sortit une aiguille courbe encore enveloppé dans son paquet stérile, qu'elle déchira. Elle fit de même avec le fil, qui se résorberait de lui-même lorsque la blessure cicatriserait. Les progrès de la science étaient d'une praticité peu commune, par moments.
Elle glissa le fil dans l'aiguille et commença à recoudre la plaie. Ses mouvements étaient doux mais secs, précis, et rapides. Plus vite elle aurait fini, plus vite ça arrêterait de faire mal, elle en avait conscience et cela se sentait dans ses gestes. Elle tira doucement sur le fil pour le faire glisser à travers la plaie, tenant la peau de l'autre main. La déchirure s'était remise à saigner à cause de la friction, et elle épongea les gouttes qui coulaient à l'aide d'une compresse. Si on lui avait dit qu'elle aurait ainsi à rafistoler une jeune dans un placard un an plus tôt, elle aurait ri. Maintenant, elle riait beaucoup moins. Elle avait même envie de pleurer, mais elle ne pouvait pas se le permettre. Elle devait rester forte. Elle s'était donné pour but d'apporter un peu d'espoir dans cet établissement si sombre, et elle le ferait. Son projet de salle de récréation pour permettre aux patients de s'adonner à leurs activités favorites allait bientôt faire la différence.

Elle eut un sursaut lorsque Jude la titilla en l'encourageant à libérer Edward. Elle tira sur le fil un peu plus que nécessaire, s'excusa, prit une seconde pour se calmer et se remit à coudre précautionneusement.

« Je ne peux pas faire ça. »


Sa réponse était peut-être un peu plus sèche qu'elle ne l'avait souhaité. Mais elle ne voulait pas avouer que la possibilité de le faire sortir de là ne lui aurait pas déplu. Pour les derniers mois... Elle savait cependant qu'il était encore dangereux et elle ne s'y serait jamais risqué. Ca resterait une douce utopie rangée dans un coin de sa tête et lui apporterait un peu de réconfort.
Elle sourit en entendant la suite.

« Je préfère me faire mordre que de laisser un animal à la rue. »


Littéralement. Elle avait été bénévole pour la fourrière locale alors qu'elle faisait ses études de médecine, et elle s'était faite griffer et mordre un nombre conséquent de fois. Ca n'avait pas refroidi ses ardeurs, au contraire. Elle avait souvent été récompensée de ses efforts à la clé par un jappement joyeux l'accueillant près du box d'un chien qui lui avait au départ grogné dessus.
Peut-être Jude finirait-elle par accepter son aide, même si elle avait pour l'instant l'air plus pressée de fuir. Dans tous les cas, elle avait son numéro. Grace aurait fait tout son possible et même elle, elle ne pouvait s'en demander plus.

« Demain, d'accord. Quand vous voudrez. Je vais laisser votre fiche à l'accueil, comme ça ils sauront que vous êtes autorisée à le voir, et s'il y a un problème, vous pouvez me faire appeler. »


Elle lui sourit, une nouvelle fois, inlassablement. Il fallait bien que quelqu'un fasse mine d'être de bonne humeur dans cet enfer qu'était l'hôpital psychiatrique de Gotham.

«  ... Et merci. Pour tout ce que vous faites. Vous êtes une bonne personne Dr. Waterhouse. »

La remarque la toucha plus qu'elle ne voulait bien l'admettre. Elle posa une main encore tâchée du sang qui avait coulé pendant qu'elle recousait la blessure sur son cœur.

« Merci, Jude. C'est très gentil à toi de me dire ça. »


Elle la regarda partir avec un peu d'inquiétude au fond du regard, mais la jeune fille en avait vu d'autres. Elle serait sûrement de retour le lendemain, peut-être un peu plus amochée, mais bien vivante. Du moins, Grace l'espérait.

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