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La débandade - J. Crowley et R. Adams


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Message envoyé le : Ven 9 Sep - 21:32

Ruth Adams
Visiter chaque jour les tréfonds de l’âme humaine pour tenter d’en extraire quelque chose de positif, de bon et d’encourageant était une mission qui usait toutes les fibres. Derrière sa plaque argentée, le docteur Ruth Adams recevait dans son antre les êtres les plus troublés. Ils venaient crachoter face à elle leur difficulté à vivre et elle devait trouver des solutions. Les étudiants devaient comprendre qu’on ne pouvait pas réussir à comprendre un patient. Tout ce qu’on pouvait faire, c’est l’acculer avec des stratagèmes, le retrancher, le pousser ou appuyer sur sa douleur. Sa vie s’organisait en de profondes recherches dans les livres, les archives, les entretiens, le dialogue et la réflexion pour trouver enfin une idée.
Pourtant, on a beau vouer toute son énergie à tenter de trouver des réponses, il arrive parfois qu’on se heurte à des murs inébranlables. Des blocs de granit absolument compact et des abîmes noires parfaitement aveugles. Pour Ruth, ce monolithe avait un nom : l’informatique.

Son écran d’ordinateur faisait visiblement une crise d’épilepsie depuis plusieurs heures. Hier soir il avait fait une tentative de suicide sans laisser de lettre à sa famille. Il est vrai qu’en réunion, quelqu’un avait évoqué l’idée de faire passer l’établissement au mac book et au réseau, de mettre feu définitivement à ces machines dignes d’Ulysse 31 qui servaient d’outil de travail à tous les bureaux de l’aile des consultations. A l’époque, Ruth n’avait pas du tout suivi la conversation, plus préoccupé par l’acquisition de nouveaux fauteuils pour son bureau. Mais visiblement blessé dans son égo, sa bécane et celles de quatre autres bureaux avaient signés la fin de cette longue collaboration.
Les deux mains posées de chaque côté de son clavier, Ruth mesurait l’état du sinistre.
Velma lui avait garanti qu’on pourrait récupérer son disque dur mais pour elle, cela semblait une opération frankenstein. Elle connaissait les ordinateurs, elle s’en servait depuis longtemps pour son travail. Elle savait installer le logiciel de l’imprimante, faire des photocopies à distance, elle gérait plutôt bien avec internet. Simplement l’idée que ces recherches, ces bébés, ces œufs de dragons, ces dossiers étaient là, reclus, menacés par l’extermination à cause d’un système capricieux de fabrication douteuse, ça la rendait folle.

Toute la matinée, elle avait pris ses notes sur papier dans une excessive mauvaise humeur en pestant que le technicien qui devait changer tout le réseau et faire les installations ne puissent arriver que dans l’après-midi. C’est une institution ici oui ou merde ? Il ne faut pas quatre heures pour traverser ce pont, bordel de direction de touche pipi en phase anale. Il y avait des articles pour son blog dans cette data base de couille spongieuse.
Le midi elle savoura un Tupperware fade avec ses collègues, puisqu’internet ne voulait plus être son ami. Bien naturellement, ce petit informaticien impétueux ne commençait pas par son bureau, non. Le docteur Cavendish avait sûrement des dossiers beaucoup plus importants dans sa garderie. Elle se rendit dans son bureau après la pause pour attendre en soulignant les titres en bleu, les mots clé en vert et les noms des patients en rouge dans ses cahiers avec une réglette qu’elle avait emprunté à Grace et qui lui rappelait l’école primaire.

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