Un petit vote toutes les deux heures !

La vie intime d'une personne se lit à travers ses achats - ft. Grace Waterhouse


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Message envoyé le : Ven 12 Aoû - 19:59

Jeremiah Crowley
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Jeremiah déambulait beaucoup. A vrai dire, il errait. Des coudes, tout avachi, il poussait son chariot sans regarder devant lui. Un sens était né chez lui. Celui de détecter les obstacles sans les voir. Mieux que Dardevil. Sans les voir, car son regard se concentrait sur le petit écran de son smartphone. Il pianotait le plus tranquillement du monde et se baladait entre les rayons sans jamais rien prendre. Pourtant, il était venu avec une sincère conviction. Celle de remplir son frigo. Quelques jours plus tôt, il s'était décidé de faire un tri entre la bouffe anthropophage de son chat et les fruits pourris qu'il n'avait jamais touché de sa vie - sa mère l'avait appelé et Jeremiah n'avait pas pu s'empêcher se sentir coupable de son hygiène de vie, entre son fusil à visée télescopique et son ordinateur portable. A la fin de son ménage, il se rendit compte qu'il n'avait rien pour se sustenter.

Au bout de vingt minutes - l'univers de Jeremiah possédait un sens de la temporalité tout particulier - il finit par lever la tête. Dans son chariot, deux paquets de nouilles instantanées. Son visage resta de marbre mais, il soupira tout de même. Un peu à moitié fainéant, l'idée que cela lui suffise pour la prochaine fois traversa son esprit. Il ne pouvait pas checker dans le supermarché de son quartier ses dernières news et cette affaire de Bat-Application l'amusait terriblement. Il avait hâte de rentrer chez lui. Et, il eut beau se donner tous les meilleurs sentiments du monde, fréquenter les individus de son espèce n'était pas une chose qu'il appréciait véritablement. Il jugea que ce ne serait pas raisonnable. Son voisinage le regardait déjà d'un œil très sceptique.

Jeremiah rangea son téléphone dans sa poche à contre-cœur. Posa une première fois son regard dans les rayons. Et se sentit perdu - il se sentait toujours un peu perdu, dans ce supermarché. Puis, il regarda autour de lui. Il s'était traîné jusqu'au rayon électronique sans y prêter attention. C'était drôle. Son cerveau souffla du nez. Jeremiah resta impassible. Il bifurqua et décida que si son instinct l'avait guidé jusque là, il pouvait bien s'y attarder encore une petite heure.

Jeremiah avait tendance à rester toujours plusieurs heures dans les enseignes de commerce lorsqu'il voulait acheter trois merdes.

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Message envoyé le : Ven 12 Aoû - 21:04

Grace Waterhouse
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Grace appuya sur la touche pour la cinquième fois, en priant pour qu'un miracle survienne, mais rien n'y fit.
L'ordinateur résistait obstinément à toute tentative de l'allumer. Pourtant, elle l'avait chouchouté : branché, nettoyé, un peu secoué, rien à faire, la bête n'était pas d'humeur. Elle soupira. C'était bien le moment, alors qu'elle était dans une chambre d'hôtel miteuse depuis plus d'un mois et qu'elle croyait avoir enfin trouvé une annonce de logement qui lui semblait décente, et pas une proposition de colocation douteuse. (« cherches jeunne fame avantureuse pr partagé mon appart »).
Elle gémit, à sa grande honte. Encore un combat à venir contre l'informatique. Elle n'aimait pas ça, du tout du tout. C'était sa grande faiblesse : les machines et elle, ça faisait deux. Elle peinait déjà à prendre en main le système informatique d'Arkahm (pourquoi tout faire par ordinateur quand les dossiers papier fonctionnaient très bien?), et elle n'avait pas du tout envie de se lancer dans une quête acharnée de pièce électromagnétiques ou Dieu seul savait comment marchaient ces engins. Mais si elle voulait son nouveau logement, il allait falloir qu'elle le fasse, et vite. Elle réfléchit un moment, décida qu'elle n'avait vraiment rien de mieux à faire dans l'immédiat, jeta un coup d'oeil à la pendule, qui elle fonctionnait fidèlement depuis des années à en juger par ses airs de matrone temporelle, et enfila une veste légère avant de prendre son sac pour en vérifier le contenu et en sortir les clés de sa chambre. Après un rapide coup d'oeil aux alentours pour vérifier qu'elle n'oubliait rien, elle partir en refermant derrière elle.
Puis elle rouvrit.
Rentra.
Se débrouilla pour fourrer l'ordinateur, qui n'était au demeurant pas bien grand, dans son sac à bandoulière (comme quoi, tout peut vraiment rentrer dans un sac de femme si on s'en donne la peine). Par acquis de conscience, elle embarqua aussi le câble d'alimentation.
Et elle repartit.

Une fois arrivée sur place et après avoir dû expliquer au vigile à l'entrée pourquoi elle se déplaçait avec un ordinateur entier qui n'était DEFINITIVEMENT pas une bombe dans son bagage, elle se dirigea à contre-coeur vers un rayon qu'elle évitait habituellement comme la peste : l'électronique.
Auparavant, elle en était à peine arrivée au stade des ampoules, mais il fallait bien qu'elle se décide à explorer le reste, ce qu'elle fit avec un début de panique qui la prenait à la gorge.
Elle n'était pas faite pour ça, elle n'était pas faite pour ça... Elle ne comprenait rien.
Devant elle s'étalaient des dizaines de bouts de plastique et de métal sans noms, sans fonctions, sans rien de reconnaissable. Elle aperçut du coin de l'oeil des cartons avec des photographies des produits qu'ils contenaient dessus qui ressemblaient à des tablettes tactiles, quelle horreur. Un bon vieux stylo, elle aurait donné tout ce qu'elle possédait (pas grand-chose donc) pour pouvoir contacter le bailleur par la Poste.
Elle erra un bon moment au milieu de ce fatras.
Elle tenta de lire les références sur les étiquettes, à travers tout le rayon, mais ça ne la renseigna pas beaucoup. Aucun vendeur à des kilomètres à la ronde, comme s'ils s'étaient égayés en sentant la jeune femme perdue approcher. C'était peut-être le cas. Les lettres et les chiffres s'alignaient sur les petits bouts de papier glissés dans leurs encoches en plastique, parfaitement incompréhensibles pour un néophyte comme elle.

C'est à peu près à ce moment qu'elle se mit à lancer des regards de bête traquée à droite et à gauche. Elle était allergique à toutes ces recherches, elle était perdue, son ordinateur ne marchait plus, elle allait perdre toutes ses données, son appartement, ses mots de passe, et elle avait envie de pleurer. L'informatique était bien la seule chose qui lui donnait envie de s'asseoir par terre et d'attendre la mort.

Heureusement, elle ne pouvait s'adonner à cette pulsion sans perte substantielle de dignité, puisqu'elle n'était pas la seule à courir les magasins à une demi-heure de la fermeture.
Un jeune homme se trouvait dans la même allée, et pour autant qu'elle s'en souvienne, il était déjà là lorsqu'elle était arrivée un bon quart d'heure plus tôt. Il regardait lui aussi les produits, mais d'un air rêveur, beaucoup plus à l'aise qu'elle... Tellement à l'aise que, peut-être...

« Excusez-moi... Heu... Vous vous y connaissez un peu en informatique ? Parce que, mon ordinateur ne démarre plus, et je pensais trouver quelqu'un ici pour m'expliquer pourquoi, mais il n'y a personne au stand Réparations et... Je suis un peu perdue. J'en ai besoin rapidement. »

Elle se força à s'arrêter de parler. Elle parlait toujours trop quand elle était stressée. Et elle était terriblement stressée. Aucun patient ne lui faisait cet effet-là, même les pires meurtriers d'Arkham, rien. Elle voyait les dépanneurs qui se déplaçaient pour aller réparer les outils technologiques tombés en panne à droite et à gauche un peu comme des anges tombés du ciel, mais elle n'avait pas de numéro à appeler et plus les moyens d'en chercher un. Sa dernière chance résidait en ce mystérieux individu du rayon Electronique, un samedi soir, à 21h30, qui avait devant lui un caddie rempli en tout et pour tout de deux sachets de pâtes instantanées.
Elle se dit qu'elle pourrait peut-être l'avoir par les sentiments, et eut un petit rire.

« Si vous voulez, en échange de votre aide, je vous ferai la cuisine pendant une semaine, c'est promis ! »

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Message envoyé le : Sam 13 Aoû - 0:33

Jeremiah Crowley
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La carte graphique était poussée. Elle valait sans doute son prix mais, Jeremiah n'y lorgnait que d'une curiosité de consommateur. Il s'était un instant posé la question : Combien avait-il de circuits imprimés, chez lui, qui n'attendaient qu'à servir ? Il jugea rapidement la réponse. Pas assez. Finalement, sa nourriture se composait essentiellement de virtuel et de pièces détachées. Étrangement, ça lui convenait.

Il redressa la tête. Ses yeux furent d'abord attirés par la lumière de sa blondeur. Puis, par la candeur d'un sourire tout embarrassé.

"Vous vous y connaissez un peu en informatique ?"

Ses sourcils se haussèrent faussement d'intérêt. Il aurait sans doute voulu vérifier autour de lui mais, il jugea que cela ne serait sans doute pas approprié. Elle lui parla un langage qu'il ne fréquentait que dans les bureaux où il travaillait. D'un ton de détresse qu'il ne comprenait pas mais, qui à force d'être assimilé, devenait familier. Ordinateur qui ne fonctionne plus. Réparateur absent. Un oeil vers une fenêtre lui permit de deviner qu'à cette heure-ci, beaucoup d'employés devaient abandonner leur poste. Alors, pour paraître attentif - il était bien trop concentré sur cette couleur de cheveux pour l'être réellement - il haussait la tête d'avant en arrière comme un demeuré. S'il s'y connaissait en informatique... La question qui faisait des boucles dans son esprit coupait la parole à son interlocutrice. Il se demanda s'il était tombé - sans doute est-ce plutôt elle qui lui tombait dessus - sur une ingénue ou une femme trop polie.

"Si vous voulez, en échange de votre aide, je vous ferai la cuisine pendant une semaine, c'est promis !"

Seconde option. Par mimétisme, Jeremiah rit. Aha ! Bien sûr ! Jeremiah ne la trouvait pas drôle. Mais, affreusement attendrissante, avec son regard qui implorait à l'aide et ses tournures beaucoup trop gênées. Un regard à son cadis lui suffit pour comprendre où elle voulait en venir. Aussi, lorsqu'elle lui laissa enfin la parole, il eut un temps de réaction disproportionnellement lent. Il la fixa avec ses yeux de veau pendant trois longues seconde avant que son visage ne change parfaitement d'expression et ne lui accorde enfin un sourire bienveillant. Il se souvenait de comment il avait réussi à se débarrasser de ses voisins envahissants. Il avait joué l'adulescent qui ne comprenait rien à la vie. Timide, gêné, gentil mais d'une naïveté qui faisait perdre patience. Après s'être failli engueulés, ses bons voisins avaient fini par arrêter de se plaindre de ses escapades tardives.

Ah... Il tenta un nouveau rire. Léger comme un souffle. Son regard se posa plus certainement sur le contenu de ses courses. Ca se voit tant que ça ?

Jeremiah aurait pu la renvoyer vers sa boutique. Aurait pu appeler un vendeur pour elle. Sa détresse, en réalité, lui passait bien au-dessus de lui et touchait des nuages. Cependant, quelque part, la tendresse de cette femme l'ému un peu. Ou l'amusa. Jeremiah décida que ce n'était pas important d'en être certain. Alors, d'un geste soigneux, il posa la carte graphique dans son panier et se tourna complètement vers elle, disponible et offert.

Oui... Oui, bien sûr, je peux vous aider. Vous avez pensé à brancher votre batterie à une prise de secteur...?

Ne riez pas. Travailler en informatique, c'était également recevoir des appels à l'aide d'urgence de personnes qui ne pensaient pas plus à brancher leur pc que leur cerveau.

Vous l'avez sur vous ? Votre ordinateur ?

Les gens en détresse pensent toujours à tout. Même lorsque ce tout était d'une improbabilité ridicule.

Hors-Jeu : Désolé... la qualité est moindre D8 Je suis crevé mais, je voulais absolument te répondre... ♥ Désolé, je ferais mieux aux prochains !

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Message envoyé le : Sam 13 Aoû - 19:52

Grace Waterhouse
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« Ah... Ca se voit tant que ça ? »

Grace rougit violemment. Elle était allée un petit peu trop loin, trop occupée à tenter de régler sa situation pour faire attention à la manière dont elle s'y prenait.

« Non ! Enfin... je veux dire, tout le monde a déjà eu des moments où il mangeait des nouilles instantanées, on a pas toujours le temps... »

Elle s'emmêlait les pinceaux, elle en avait conscience.

« … C'était juste une proposition. Je ne veux pas vous déranger sans rien vous donner en retour... »

Elle se tordait les mains sans y penser, gênée par la situation. Elle détestait avoir besoin de s'appuyer sur les autres pour l'aider, elle n'aimait pas embêter les gens, venir leur rajouter du travail juste pour elle... Mais son ordinateur, son ordinateur ne s'allumait plus et elle avait des dossiers à remplir pour le travail et un appartement à trouver...
Heureusement pour elle, l'homme qu'elle avait abordé semblait plutôt bonne poire et après quelques instants (longs instants) d'hésitation visible, il finit par se tourner complètement vers elle et accepter de l'aider.

« Oui, j'ai branché le câble, la lumière du boîtier s'allume, mais pas mon ordinateur... je l'ai pris avec moi... »

Elle sortit la bestiole de son sac et la tendit à deux mains vers son sauveur. Le portable en question était d'un gris clair, plutôt fin. Un Apple, ce qui compliquait considérablement ses transferts avec les machines d'Arkham qui tournaient toutes sous Windows, mais elle avait fini par réussir, Dieu seul savait comment, et d'ailleurs peut-être qu'il avait fallu qu'il se penche lui-même sur la question pour qu'elle y parvienne. Elle était persévérante, mais elle était désespérément mauvaise avec l'informatique et qu'une opération si compliquée -à son niveau- ait pu marcher relevait du miracle.

« Je ne l'ai pas fait tomber, rien... »

C'était évident. On avait rarement vu un modèle vieux de près de quatre ans arborer un air aussi sain que celui-là. Soit elle n'y touchait pas beaucoup, soit elle prenait un soin révérencieux et craintif de l'objet, comme si le maltraiter se solderait immanquablement par une revanche de la machine. Celle-ci n'avait même pas été atteinte de quelques gouttes de café ou d'eau pendant sa longue carrière. Aucune éraflure ne parcourait sa surface. C'était la première fois qu'elle effectuait un déplacement hors de sa housse de protection.

« Je ne comprend pas ! »

Sa voix était presque un peu geignarde, à mi-chemin entre la parole et le gémissement d'angoisse. Cette histoire allait mal finir, elle ne savait pas pourquoi mais elle en était sûre.

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Message envoyé le : Sam 13 Aoû - 20:24

Jeremiah Crowley
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Son visage se décomposa lorsqu'elle lui tendit le bousin. Il l'attrapa entre ses doigts et son petit sourire faux et poli s'était échappé. Il détestait les Apple. Jeremiah la laissait beaucoup parler. N'accordait à son interlocutrice aucun "mh mh" concentré, ni "je vois" de courtoisie. Jeremiah s'y sentait toujours un peu mal à l'aise. Jeremiah ne possédait pas encore ces réflexes sociaux. Cela rendait souvent sa conversation peu appréciable. On lui reprochait d'être inattentif. Parfois, indifférent. Les personnalités les plus orgueilleuses le détestaient.

Il posa sans douceur mais, d'un geste maîtrisé le portable sur le rebord d'un rayonnage. Tenta de l'allumer plusieurs fois. Il pencha son oreille sur le clavier pour détecter peut-être un signe de vie, les vibrations d'un battement de cœur, le souffle de vie du ventilateur ou les sursauts post-mortem du disque-dur interne. Dans cette position, il appuya sur plusieurs combinaisons de touches. Et pendant cette rapide opération, il lui répondit - enfin.

Vous pouvez me payer, si vous voulez. C'est mon boulot. Il releva la tête et fouilla le cul du pc, pliant un peu les genoux. Enfin... C'est ce que j'aurais aimé vous dire mais...

Il reposa l'ordinateur et tourna la tête vers elle.

En fait, je n'aurais pas vraiment le droit de le démonter... Il eut un vague regard alentour. Les Apples sont construits de telle manière qu'il n'y a que leurs techniciens qui sont formés pour y toucher et il n'y a que leurs pièces qui sont compatibles. Il faudra que vous appeliez l'un de leur service. Et ça va vous revenir très cher.

Cette spécificité faisait d'Apple l'une des pires marques pour ordinateur qui soit. Les pièces étaient parfaitement compatibles, limitant bugs et problèmes techniques mais, elle privait ses utilisateurs de la liberté d'améliorer leur machine ou de se servir en pièce détachées chez la concurrence. C'était un service consommateur et capitaliste qui faisait croire aux adeptes du papier-crayon que cela faisait de ces machines de vrais petits bijoux de technologie. En vérité, ce n'étaient qu de jolis jouets en forme d'ordinateur avec un design tout propre et tout bien pensé par des spécialistes du marketing.

Après... Il réfléchit et regarda la machine. Si vous me laissez votre ordinateur, je peux éventuellement vous le réparer... Vous me paierez avec votre silence. Je n'ai pas vraiment le droit de faire ça mais, si vous l'utilisez que chez vous, personne ne devrait vous emmerder avec ça.

Il mit du temps pour lui sourire et lui adresser un clin d’œil complice. Jeremiah adorait faire des clins d’œil. Il s'agissait toujours d'un geste plein d’ambiguïté et d'étrangeté. Sa signification ne dépendait que des intervenants de la situation. C'était un effet de mode, une technique de séduction et parfois, une marque d'assurance. Les clins d’œil le fascinait. Alors, il adorait en faire. Mais, sur son visage qui se s'animait d'expressions que pour quelques secondes, il s'agissait sans doute toujours d'une expérience particulière à observer.

Il posa d'un geste bienveillant sa main sur le clavier du pc. Dans les rayons, une voix grésillante courut dans tout le magasin que le supermarché fermerait dans un quart d'heure.

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Message envoyé le : Dim 14 Aoû - 9:59

Grace Waterhouse
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L'homme en face d'elle n'avait pas du tout l'air très enthousiaste à l'idée de la dépanner. C'est à peine s'il contint une grimace en voyant l'ordinateur. Grace ne comprit pas : il était si évident que ça qu'il était cassé ? Il le porta à son oreille et tenta de l'allumer en appuyant sur le bouton, acte que Grace avait accompli tant de fois dans l'espoir qu'il porte ses fruits qu'elle savait qu'il était vain. Elle eut cependant des sueurs froides à l'idée que l'ordinateur, pour une raison inconnue, s'allume tranquillement sous les doigts de cet inconnu. Ca arrivait plus souvent qu'elle ne voulait bien l'admettre, et elle dérangeait régulièrement le personnel de l'asile pour des problèmes informatiques qui s'avéraient n'être que des erreurs de manipulation. Elle était capable d'avoir tenté pendant des heures de l'allumer avec le mauvais bouton. Ou l'était-elle ?
La machine ne produisit pas le moindre son, et son écran resta noir. Il y avait bien un problème. Elle ne savait pas si elle devait s'estimer heureuse de ne pas passer pour une cruche ou désespérer d'avoir bel et bien perdu son accès à Internet, ses données, ses précieux marque-pages...
Elle allait gémir d'angoisse à nouveau, mais fut interrompue par la proposition de son tout nouveau meilleur ami.

« Oh, c'est parfait, je peux vous rémunérer et... »

Sa voix se tut dans un murmure terrifié. Elle n'aimait pas du tout les informaticiens qui disaient des choses comme « Mais ».

« Ah. Oh, l'argent n'est pas un problème, ce genre d'ustensile coûte cher de toute façon, je le sais bien, mais c'est plutôt au niveau des délais que... »

Elle grimaça.
Cependant, il fixa l'ordi, l'air de réfléchir, et continua sur sa lancée.
Elle n'aimait pas vraiment l'idée de « payer quelqu'un de son silence », ni de faire des choses interdites de manière générale, mais après tout, s'il le fallait... Ca ne ferait de mal à personne... Et puis, son bug était peut-être quelque chose de tout à fait anodin qui pouvait être réglé par n'importe quel réparateur, ce n'était pas comme si elle était en mesure de vérifier elle-même que son ordinateur avait absolument besoin des spécialistes d'Apple.

« Ca dépend en combien de temps... »

« Le magasin ferme ses portes, merci de vous diriger vers les caisses. »

« … Vous pensez pouvoir faire ça ? »

Elle lui jeta à nouveau un regard larmoyant, mais à présent plein d'espoir. Il avait posé une main confiante sur le clavier, et l'avait même gratifiée d'un clin d'oeil.

Par contre, il y avait juste un souci qu'ils allaient devoir régler. Elle n'était pas assez stupide pour donner son ordinateur à quelqu'un sur sa bonne parole qu'il allait le lui réparer, et surtout le lui rendre après-coup. Mais le magasin fermait déjà... Elle reprit son bien et commença à se diriger vers les caisses, à reculons pour indiquer à son interlocuteur qu'elle s'attendait à ce qu'il la suive.

« Est-ce que vous voulez passer chez moi pour prendre un thé et discuter de tout ça ? »

Elle jeta un coup d'oeil à sa montre. Vu l'heure, elle pouvait même l'inviter à dîner. A moins qu'il ne préfère aller dans un restaurant ? Elle cuisinait bien, mais pas autant qu'un chef. Elle réfléchissait déjà à ce qu'elle avait en stock et ce qu'elle allait pouvoir leur préparer.

« Vous aimez le bœuf bourguignon ? »

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Message envoyé le : Lun 15 Aoû - 2:39

Jeremiah Crowley
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Au niveau du délais ? Jeremiah resta impassible face à cet étrange caprice. Pourtant, il s'en amusa beaucoup. Et songea le plus naturellement du monde qu'il devait avoir affaire à une grande dame. Le tout, tout de suite et bien. Sa réflexion sur le coût de la réparation ne lui plut pas et il sentit dans ces mots un certain mépris qu'il ne pouvait pas décrire. "L'argent n'est pas un problème"... Dans le Bowery, l'argent est toujours un problème. Quand les jeunes s'engageaient dans les guerres de gang à douze ans, à peine. Quand les familles s'endettaient pour nourrir leurs enfants. Quand les écoles n'avaient même plus assez de fonds pour payer des instituteurs. L'argent, dans ce quartier, était toujours un problème. La naïveté de la jeune femme, quand bien même n'en fit-il rien voir, l'énervait beaucoup. Ou l'amusait. Seuls les délais comptaient. Le temps, c'est de l'argent. Jeremiah n'avait pas besoin d'argent. En revanche, il aurait besoin de temps. Il décida que si l'argent n'était pas un problème, il n'aurait guère de problème à lui extorquer un peu de ce qui semblait n'avoir aucune quelconque valeur pour elle. Parfait. Puisqu'elle avait les moyens et le loisir de dépenser sa thune pour ses petits tracas technologiques... Jeremiah lui offrit le plus beau de ses sourires. Timide et tout affable.

Je peux faire ça. Mais, ça me demanderait le temps de voir les pièces qu'il faut changer... Levant les yeux en l'air, il énuméra. Les commander... Les installer... Les configurer... Il la regarda. Ingénu et le sourire débile. Ouais, enfin. Tout au plus une bonne semaine...

Il tourna la tête vers elle. La voyant récupérer l'ordinateur, il retira sa main du clavier pour qu'elle puisse le fermer. En se penchant sous son nez, la blondeur de ses cheveux reflétèrent de jolies couleurs mauves et argentées avec la lumière artificielle. Jeremiah songea qu'il devait s'agir d'une genre d'artiste un peu naïve, un peu débile. Peut-être une héritière qui faisait ses études. Elle n'était pas de Gotham. Non. Quand l'argent n'était pas un problème, on ne s'installait pas dans le Bowery avec cette couleur de cheveux et ce décolleté à fleur. Jeremiah n'avait guère put s'empêcher d'y jeter un innocent coup d’œil. Ça restait respectable : Il ne s'y attarda pas. Même si l'idée de l'embarrasser d'un regard trop insistant lui chatouillait gentiment l'esprit. Non, elle n'était pas de Gotham. Elle devait tout ignorer de la ville et sa visite en ces bas-quartiers ne devait être que temporaire.

L'invitation fut étonnante. Jeremiah aurait songé à quelque chose de moins frontal. De plus subtil. Prendre une café et discuter ? De quoi ? De nos prénoms respectifs qu'on ne connait même pas ? Elle n'était pas de Gotham. Inviter un étranger chez soi n'était que rarement une bonne idée. Peut-être avait-elle d'autres idées en tête ? Ça en avait l'air. Un peu sceptique, il la suivit, les coudes toujours sur le guidon de son chariot.

Jeremiah se demanda s'il s'agissait d'un rentre-dedans tout à fait grotesque. Le genre de situation qui ressemblait à ces bons vieux filmes pornos des années 90, aux dialogues gênants et aux retournements à hurler de rire. Ça aurait pu également ressembler à un genre de comédie romantique. Où la charmante petite étudiante en art, dans la détresse, invitait par générosité le gentil informaticien qui voulait bien l'aider. De toutes les manières, ça se terminait fatalement dans un pieu. Jeremiah trouva cela un peu gênant mais, quelque part, affreusement divertissant. Il entrerait dans l'intérieur, le temple de la vie privée d'une personne. Et il y était invité. Il se demanda s'il allait vraiment avoir une chance de pouvoir l'allonger dans son propre lit et de toucher à ses circuits imprimés en prime. L'insolite d'une telle providence était bien trop beau, il n'y croyait pas. Cependant, l'aventure le tentait bien. Il avait perdu son sourire mais, ses yeux de chatons lui lançaient toujours de grands regards intimidés.

Euh... Oui. Pourquoi pas ! Il voulut ajouter qu'il aimait beaucoup le thé. Mais, puisque c'était vrai, il préféra s'abstenir. Il acquiesça. Je suis pas difficile. C'est gentil, merci... Il se trouva ridiculement drôle et pathétique. Un enfant.

Avec un peu plus d'entrain - celui du lycéen qui sort des cours, en vérité - il l'accompagna jusqu'aux caisses - ou plutôt était-ce elle qui l'accompagnait ? Pendant que la caissière passait les trois articles au laser - elle mâchait un chewing-gum gros comme son poing. A la menthe. Il songea qu'il avait oublié d'en racheter. Du chewing-gum à la menthe - il se tourna vers elle.

Au fait. (il lui tendit une main) Jerry. L'autre (main) restait suspendue au rebord de la caisse, prête à payer.

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Message envoyé le : Lun 15 Aoû - 9:46

Grace Waterhouse
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« Une semaine ? Ah...»

Ca faisait vraiment long. Mais elle ne pouvait pas espérer moins... Commander des pièces prenait toujours du temps, et les délais qu'il lui annonçait étaient loin de ceux que réclamait son fournisseur à Sydney. Il avait mis presque un mois à réparer son smartphone lorsque celui-ci était tombé en panne. Tombé, tout court, d'ailleurs. Elle l'avait prêté, juste une minute, à une personne dans la rue qui n'avait plus de forfait et qui lui avait tendu son propre téléphone en gage de sa bonne foi. Alors qu'elle prenait soin de la propriété de l'autre, celui-ci avait enfin pu passer son coup de fil, mais visiblement pour recevoir de mauvaises nouvelles. Sous le coup de l'émotion, il avait lâché le téléphone.
Bien sûr, il s'était répandu en excuses, avant proposé de le faire réparer lui-même, mais elle n'avait pas eu le cœur de lui réclamer la facture. Les accidents arrivaient, et le pauvre jeune homme avait déjà l'air bien assez secoué comme ça. Elle l'avait laissé partir.
En l'occurrence, elle sentait que la note allait être salée. Elle n'aurait peut-être pas dû mentionner qu'elle n'était pas trop inquiète pour le paiement. Mais c'était vrai : son salaire à Arkham était tout à fait honorable et maintenant qu'elle avait un CDI, elle pouvait se permettre de moins regarder à la dépense. Elle se souvenait d'avoir compté les centimes lorsqu'elle était encore en Irlande après son retour précipité de Sydney, sa mère tentant de la rassurer : ce n'est pas grave, Grace, on trouvera l'argent si tu as besoin.
Mais elle ne voulait pas être un fardeau.

Ils se dirigèrent vers les caisses pour payer les achats du jeune homme, dont elle ne connaissait d'ailleurs toujours pas le nom, mais qui avait si gentiment accepté de prendre en charge son petit problème informatique. Il avait l'air tellement timide, son invitation spontanée l'avait visiblement un peu gêné. Elle s'en voulut. Elle était toujours trop enthousiaste. Néanmoins, il accepta, et elle lui sourit.

« Pardon, mais j'ai vraiment envie de vous remercier pour votre aide. Et je n'ai pas eu d'autre idée... Je vous rassure, je ne cuisine pas trop mal, il paraît. »

Son sourire se transforma en excuse. Elle ne voulait par l'effaroucher, il avait l'air tellement dérouté par sa proposition... C'était vrai que c'était peu courant de se faire inviter chez une inconnue qu'on venait de rencontrer dans un supermarché, mais en même temps, il méritait bien pour sa peine un remerciement plus personnalisé qu'un simple salaire, poignée de main et expression soulagée.
Pendant que la caissière réglait ses articles, il se tourna vers elle et lui tendit la main. Elle resta une demi-seconde stupide avant de comprendre et de la lui serrer avec entrain.

« Grace. Waterhouse. Et vous êtes réparateur de... Technologie ? »

Elle avait buté sur le mot en particulier à utiliser. Elle n'avait aucune idée de quelle expression pouvait englober la totalité de ce qu'elle entendait par « technologie », mais elle avait conscience que le mot n'était pas adapté.

« Pardon, je ne sais pas trop comment appeler tout ça... »

Elle eut un vague geste de la main, comme pour désigner « tout ça », vers son sac où elle avait rangé son ordinateur. Mais ça ne lui convenait pas non plus, elle ne voulait pas qu'il puisse mal prendre ce qu'elle venait de lui dire, lui, sa seule chance de récupérer son PC vivant en une semaine seulement. Elle s'enfonçait.

« … Je suis désolée, je ne veux pas paraître méprisante, je suis juste vraiment ignare en la matière... »

Ca y est, elle était arrivée au fond. Elle était rouge, il avait fini de payer, il allait probablement se vexer, partir, et elle n'arriverait jamais à le retrouver. Elle allait devoir envoyer son ordinateur à Apple et elle serait chanceuse si elle le récupérait en moins de trois semaines. En même temps, elle se dit qu'elle était tout de même particulièrement hypocrite. Elle ne faisait des efforts avec cette personne que parce qu'elle y avait intérêt. Ca n'allait pas du tout. Elle devait chercher à le connaître un peu mieux, le traiter comme un être humain et pas juste comme une machine à régler ses problèmes.

« Vous aimez l'informatique, ou c'est juste un intérêt professionnel ? »

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Message envoyé le : Sam 20 Aoû - 18:38

Jeremiah Crowley
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Et vous êtes réparateur de... Technologie ?
D'ordinateurs.
Pardon, je ne sais pas trop comment appeler tout ça...
Des ordinateurs ?

Jeremiah répondait d'un souffle court et bienveillant. Son sourire resta suspendu à ses lèvres, vague et d'une humeur légèrement amusée. Est-ce qu'elle désirait le mettre en colère ? Certainement pas. Il imaginait la vie de Grace. Grace Waterhouse - qui se présentait avec son nom de famille ? Grace Waterhouse, fille d'une grande famille, héritière et oisive. Elle devait faire quelque chose dans l'art. Oui. Une jeune étudiante en art, avec ses cheveu argentés et ses grands yeux de faons apeurés. Devait-elle sans doute avoir largement les moyens de s'offrir tout le matériel adapté. Grace était gentille, mignonne. Adorable. Elle ne s'était jamais rendue compte des privilèges que la vie lui avait accrodé. Sans doute, faisait-elle toujours attention à ne vexer personne. A ne froisser quiconque. Grace Waterhouse n'était à l'aise qu'avec des gens de son rang. Ceux à qui elle pouvait dire que l'argent n'était pas un problème. Qui ne savait pas comment nommer un ordinateur et qui préférait le nommer "ça" plutôt que de qualifier les choses plus simplement. Plutôt que de se tromper sur le terme technique. Il l'imaginait dans des missions de bénévolat à distribuer de la bouffe aux pauvres avec son regard de petit chiot en imaginant que ce n'étaient que des victimes de la sociétés. Les pauuuvres pauvres. Grace Waterhouse était la plus polie du monde mais, sa naïveté était toujours beaucoup trop insultante. On n'en veut pas à la naïveté. Ni à l'innocence. On la regarde avec un air supérieur ou attendrit. Jeremiah était attendrit et la fixait d'un œil fasciné. Quand elle s'excusa, il se rendit compte qu'il avait dépassé le délai embarrassant. Sept secondes. Sept longues putain de secondes. Il détourna la tête et rangea ses courses. Trois fois rien. Il avait hâte de décortiquer sa nouvelle carte graphique.

Pas de soucis. J'ai l'habitude.

Il redressa la tête pour lui offrir son sourire. Il ne précisa pas s'il avait l'habitude des gens qui ne savaient pas ou s'il avait l'habitude des médisances. Jerry avait l'habitude des deux, en vérité. Parfois, on lui lançait des "Oh, moi vous savez, je connais rien à toutes ces conneries !" et Jerry se contentait de rire vaguement, s'abstenant qu'il n'y avait rien de drôle à entendre que son domaine d'expertise n'était que des conneries. Ce n'était jamais méprisant. C'était cynique et sans véritable mauvaise intention. C'était une habitude.

Il n'est jamais trop tard pour apprendre. Se conteta-t-il de conclure gentiment.

Il épaula son sac et la suivit. Il se demandait dans quoi il se lançait et l'idée que c'était Grace, la vilaine tueuse en série qui attirait des proies chez elle lui traversa l'esprit. Elle était belle et élégante. Elle ressemblait à un bonbon. Elle ressemblait à un appât à couillon. Avait-il pensé à prendre son couteau ? Non. Sa gentillesse devint soudain suspecte. Son amabilité se transforma en une subite tentative de manipulation. Se faire passer pour plus bête qu'on ne l'est. Si elle lui sautait dessus dans une ruelle sombre avec un poignard à la main, il pouvait au moins compter sur le tranchant de ses clefs à lui. Il eut l'impression d'être une pisseuse qu'un gentil monsieur invitait à monter dans sa camionnette. Trafic d'organe, peut-être, aussi. Son regard dans le vide, il fit la suite de toutes les possibilités. Il décida d'ouvrir son téléphone et de chercher "Grace Waterhouse" sur Facebook. Même les plus attardés ont Facebook. Même Grace Waterhouse.

Jeremiah entendit la question de Grace mais, il n'y répondit pas. C'était une question idiote et hypocrite. S'il désirait y répondre, sans doute le ferait-il d'un ton peu sympathique. Jeremiah se retenait très fort de ne pas être sarcastique. Parce que les gens comme Grace Waterhouse donnaient toujours envie d'être sarcastique. Ils donnaient l'impression de vivre dans un monde de sucreries colorées et de jolis marshmallows. Ils donnaient envie qu'on les redescendent sur Terre. De les gifler. De leur faire comprendre que Gotham était l'antichambre des Enfers. Et Jeremiah refusait de descendre si bas. Il fit semblant de ne pas avoir compris la question et sourit. Rit un peu, toujours sans répondre. Il décida qu'il jouerait, ce soir, le rôle du simple d'esprit. Il pianotait toujours sur son téléphone.

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Message envoyé le : Sam 20 Aoû - 19:31

Grace Waterhouse
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« Il n'est jamais trop tard pour apprendre. »

« C'est vrai. J'y arriverais peut-être si je faisais plus d'efforts...»

Mais... Parfois, dans la vie, il fallait savoir abandonner certaines idées. Elle avait bataillé un long moment, et les outils qu'elle utilisait semblaient toujours tomber en panne entre ses doigts. Plusieurs de ses amis qui touchaient un peu à l'informatique s'en étaient étonnés, et elle avait décidé qu'elle en resterait au strict minimum : mails, réseaux sociaux, un smartphone avec Candy Crush, ce serait largement suffisant. Après tout, elle n'avait pas besoin de tout savoir... Sauf quand son ordinateur décidait soudainement de ne plus vouloir coopérer !

Son sauveur ne répondit pas à sa question, se contentant d'un léger rire qu'elle ne sut pas interpréter. Elle se dit qu'il fallait essayer autre chose.

« Je suis psychiatre, à Arkham... Mais je viens d'Irlande. Et vous ? »

On était aux Etats-Unis, la moitié de la population venait d'ailleurs et même les natifs adoraient raconter l'histoire de comment leurs grands-parents avaient bravé les tempêtes pour traverser l'Atlantique et venir s'établir dans ce beau pays. Les habitants de Gotham en particulier, quand leurs familles vivaient depuis longtemps dans les parages, pouvaient avoir des histoires passionnantes à raconter à propos de la ville. Avec un tout petit peu de chance, ça donnerait un peu de grain à moudre dans une conversation où Grace se sentait étrangement seule.

Elle finit par réaliser ce qu'il l'ennuyait un peu.
Cet homme la mettait mal à l'aise. Il mettait très longtemps à lui répondre, et le voilà qui pianotait sur son téléphone au lieu de la regarder, à la recherche de... Quoi ?

Elle ne pouvait pas savoir qu'il avait très facilement trouvé sa page facebook. Elle n'utilisait pas d'alias, elle avait lu dans les règles que c'était interdit et plusieurs amis avaient dû changer de nom de compte quand le site leur était tombé sur le dos.
Au demeurant, sa page était assez banale. Elle comprenait surtout des photographies de Sydney dans lesquelles Grace avait été taguée, toujours souriante, toujours en pleine forme, et une ou deux tonnes de crème solaire sur le corps entier lors des nombreuses sorties à la plage qu'elle avait accomplies ces deux dernières années. Elle ne pouvait pas non plus s'empêcher de partager quelques messages encourageants quand ils lui semblaient pertinents, même si elle savait que les bons sentiments dégoulinants qui en découlaient agaçaient certains de ses contacts. Mais tout le monde avait besoin de voir ce genre de petite phrase positive de temps en temps, et si on acceptait de les prendre sans cynisme, elles pouvaient se révéler bien plus puissantes qu'on ne le croyait au premier abord. Oui, même un texte écrit et posté au hasard de la Toile par un parfait inconnu pouvait influer sur la vie de celui qui serait prêt à écouter. Ou pas ! Peu importait. L'essentiel était que le message atteigne le destinataire qui saurait en profiter. Quelques photographies d'animaux mignons plus bas, on pouvait voir qu'elle avait actualisé son statut. « Grace Waterhouse travaille à présent à Hôpital Général de Sydney – section Psychiatrique. »
Un bref résumé de ses études sur le côté de l'écran confirmait les capacités intellectuelles de la jeune femme. Le nombre de ses amis, raisonnable, laissait à penser qu'elle n'ajoutait pas n'importe qui, ou qu'elle faisait un ménage régulier.
Sa photo de profil avait visiblement été prise par un ami sur le vif, et mettait en valeur son joli sourire. En revanche, elle devait dater d'un moment, puisqu'elle avait encore de longs cheveux bruns dessus. Quant à la photo de couverture, elle représentait un paysage nordique de lande balayée par les vents, sur laquelle on imaginait aisément une épaisse couche de neige se déposer en hiver. On apercevait, au loin, entre deux tertres qu'on aurait peiné à qualifier de collines, un lac. C'était en fait la vue qu'on avait si l'on entamait la promenade qui menait de la petite maison où habitaient ses parents au lac. L'image avait été capturée par son grand frère, et elle l'affectionnait particulièrement pour cette raison. Elle ne l'avait pas changée depuis son inscription, cinq ans plus tôt, et sa photo de profil n'avait été mise à jour que quelques fois. Elle ne prenait pas beaucoup soin de sa présentation, ne s'attendait visiblement pas à ce que ses employeurs trouvent à redire aux terribles secrets qu'ils ne pourraient pas découvrir sur son mur puisqu'elle n'en avait pas à montrer. Elle semblait simplement regarder son journal tous les deux ou trois jours et partager ce qu'elle aimait spécialement.
Et la sécurité... Etait lamentable. Il était probable qu'elle n'était rien allée changer aux paramètres de base du site. Tout était accessible au premier venu. Même les dates de ses ruptures étaient faciles à trouver. Elle avait rempli toutes les cases d'information. Date de naissance ? Coordonnées ? Situation amoureuse et familiale ? Pas de souci. On pouvait tout apprendre au premier coup d'oeil indiscret.

« … Vous écrivez à quelqu'un ? Si je dérange vos plans pour ce soir, je peux juste vous donner mon numéro, et on se recontactera pour discuter de l'ordinateur...»

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Message envoyé le : Mar 30 Aoû - 12:30

Jeremiah Crowley
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Jeremiah l'écoutait à peine. Lorsqu'elle annonça qu'elle était psychiatre, il eut l'impression que sa voix fluette et rieuse - quoique toujours pleine d'un embarras qu'il pouvait comprendre - lui faisait la lecture de son compte Facebook. Il ne répondit toujours pas à sa question. Comme les jambes de Grace étaient encore dans son champs de vision, il n'eut guère la nécessité de redresser la tête. Il avait, pendant une seconde, la sensation d'être un adolescent complexé, enfermé dans son univers virtuel. Ce n'était peut-être pas tout à fait faux. Peut-être pas tout à fait éloigné de la réalité. Jeremiah décida de ne pas y penser plus et se concentra sur ce que ce Facebook vomissait de la vie privée de Grace Waterhouse.

Psychiatre à Arkham. Il avait eu envie de relever la tête vers elle. De la toiser et de la juger. Psychiatre à Arkham. Elle ne devait même pas avoir la trentaine. La jeunesse dans l'âme et gorgée de sève. Qui voudrait s'y assécher ? Il ne releva pas la tête. Parce qu'il savait qu'elle attendait une réponse, une réaction. Qu'il se devrait de lui répondre. Baisser la tête, c'était préférer la lâcheté de ne pas participer à ce dialogue unilatéral.

Psychiatre à Arkham... Il se demandait si elle n'était pas stagiaire et affirmait ça  pour se la ramener un peu. C'était possible. Non... Grace Waterhouse était naïve et ingénue. Grace Waterhous ne mentait pas. Il se demandait comment avait-elle pu embarquer dans un tel Enfer ? Des problèmes d'argent ? Une facette cachée de sa personnalité ? La menace professionnelle ? L'ambition d'entrer plus tard dans un établissement plus renommé ? Qu'importe, finalement. Jeremiah décida qu'elle lui serait peut-être utile. S'en faire une amie n'était sans doute pas une si mauvaise idée.

Comme cela faisait maintenant une ou deux longue minute qu'il la laissait monologuer dans le vide, il décida de faire semblant de ne pas l'avoir entendu - d'où son refus à relever la tête. Il redressa son regard, les yeux dans le vide.

Mh ? Il regarda son portable et lui sourit. Ses expressions étaient toujours aussi pâles. Non non. Ca va. Il songea que cette simple phrase n'était peut-être pas assez polie. Cordiale. Rien ne pouvait être trop cordial avec Grace Waterhouse. Pardon... Il lui tendit l'écran de son téléphone, campé sur son profil Facebook. En fait, je me demandais pourquoi un jeune psychiatre quittait l'Australie pour aller à Arkham et s'installer dans un vieux motel du Bowery...

Sans doute n'avait-elle pas la visibilité de voir ce qu'il regardait. Mais, au moins, elle pouvait affirmer qu'il était sur son profil. A elle. Son sien personnel. Alors qu'il était avec elle. Jeremiah ne savait pas si l'on pouvait vraiment se frusquer de ça. Ou en avoir peur. Si son profil était aussi lisible, il était parfaitement dans son droit. Il ignorait si c'était bien poli ou s'il était mal vu de s'informer sur les personnes avec qui on discutait, pourvu que la juridiction ne l'interdisait pas. En vérité, si Jeremiah se posait souvent beaucoup de questions - et en imaginait beaucoup également - sur les nouvelles têtes qu'il rencontrait, il ne demandait jamais les choses directement. Parce que personne n'est objectif pour parler de soi. Personne ne dit les choses vraiment. Les gens n'étaient jamais sincères. Ni envers eux-même, ni envers les autres. Pour savoir, il faut chercher.

Non. Jeremiah voulait surtout lui faire remarquer combien il lui avait été aisé d'entrer dans sa vie privée. Qu'il savait dorénanvant dans quelle ville d'Irlande elle était née, qui étaient ses petits amis - oh, ils ont un Facebook eux aussi ! Un Facebook post-mortem - et quelles ont été ses études. Si Jeremiah n'était pas une personne bien morale, il savait qu'en jouant les cyber-stalkers, quelque chose allait effrayer la jeune femme. Une petite leçon qui mériterait bien un fromage. Ou un bœuf bourguignon. Il rangea son téléphone.

Sinon, j'ai rien à faire. Ce soir. Confirma-t-il, toujours aussi froid, malgré un élégant sourire de bienséance. Au moins le temps de vous aider à changer vos paramètres de confidentialité.

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Message envoyé le : Mar 30 Aoû - 19:27

Grace Waterhouse
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… Non, décidément, il mettait très très longtemps à répondre. Tellement longtemps que Grace n'arrivait plus à être sûre. Ne l'avait-il simplement pas entendue, ou était-il en train de l'ignorer en beauté ? Elle se reprit. Toujours penser le meilleur des gens. La vie était trop courte pour être pessimiste. Mais quand même, elle avait un petit doute.
Elle décida de se contenter d'attendre une réaction. Il avait l'air très occupé par son téléphone, et peut-être qu'il s'agissait d'un message urgent réclamant toute son attention immédiate. Elle se trouvait un peu branque, plantée là les bras ballants à fixer un homme qui n'avait dû lui jeter qu'un ou deux coups d'oeil depuis qu'ils s'étaient croisés dans le rayon, mais après tout, c'était ce qu'il en coûtait de déranger un inconnu pour se faire aider avec son fichu ordinateur.
Elle dut résister une nouvelle fois à l'impulsion qui la poussait à jeter un regard innocent par-dessus l'épaule de Jeremiah, juste pour savoir ce qu'il faisait et le laisser tranquille s'il valait mieux. Ca ne se faisait pas. Elle ne voulait pas se montrer indiscrète. Il était peut-être en train de consulter des messages personnels.
Dans tous les cas, il semblait l'avoir oubliée jusqu'à ce qu'il relève soudain la tête pour lui sourire.

« Non non. Ca va. Pardon... »

Elle allait lui dire qu'il n'avait pas à s'excuser, ou demander pourquoi il le faisait, quelque chose dans le genre, elle n'avait pas encore décidé, quand il lui mit sous les yeux un téléphone sur lequel était affichée la page facebook de Grace.
Elle eut un léger instinct de recul et quelques secondes de surprise figée.
Ca ne la dérangeait pas qu'on regarde ses réseaux sociaux, en revanche, elle ne s'attendait pas du tout à ce que quelqu'un s'y intéresse assez pour le faire vraiment, qui plus est quelques minutes à peine après l'avoir croisée.
Qu'est-ce que sa page pouvait bien lui apprendre qu'il n'aurait pas obtenu en lui posant la question directement ? … Est-ce que c'était dans la contemplation de ses données qu'il s'était abîmé tout ce temps ?

« Oh, j'avais besoin d'un emploi rapidement. Mais... Heu... Pourquoi est-ce que vous regardez ça ? Vous voulez savoir quelque chose en particulier ? Ca ira plus vite de demander, non ? »

Elle lui sourit. Elle aimait bien les manières un peu bizarres de ce type, même si elles la mettaient parfois mal à l'aise. Il était original. Au moins, avec lui, on ne s'ennuyait pas. Et puis, il avait l'air très gentil, il venait d'accepter son invitation sans hésiter, et même de lui proposer une aide qu'elle n'avait pas demandée, en plus de celle qu'il devait déjà lui fournir sur son ordinateur. Il avait sûrement un bon fond. En plus, c'était déjà la deuxième fois qu'il la gratifiait d'un sourire poli, une marque d'attention qu'elle savait apprécier, vu qu'il n'avait pas l'air très extraverti.

« Ah, il faut les changer ? D'accord. Heu... Pourquoi ? Il y a un problème ? J'espère que je n'ai pas mis le bazar là-dedans... »

Elle remonta une main vers ses lèvres, anxieuse. Elle avait essayé de modifier les paramètres le moins possible, même si les innombrables notifications lui faisaient perdre un peu de temps. Elle ne voulait surtout pas dérégler la machine. Dès qu'elle touchait à un programme informatique, elle cassait tout. Un cauchemar. Elle avait une fois réussi à supprimer les fichiers qui permettaient à l'ordinateur d'accéder à Internet en voulant faire un peu de ménage dans ses dossier... Une horreur. Depuis, elle s'était juré d'être sage.

Puisqu'il avait enfin relevé les yeux de son téléphone, elle décida qu'elle pourrait bien écouter sa réponse éclairée en chemin, et se mit à marcher vers son hôtel. Elle avait des restes au frais, il lui faudrait juste utiliser le micro-ondes de la salle commune pour les réchauffer, ça prendrait cinq minutes... Elle pouvait bien lui faire suffisamment confiance pour le laisser dans sa chambre pendant ce temps-là. Après tout, lui était assez assuré pour suivre une inconnue dans les ruelles sordides du Bowery.
Tout en faisant claquer énergiquement ses petits talons sur le sol, elle sortit son propre téléphone, une vieillerie qui remplissait très bien son office, et vérifia du coin de l'oeil qu'elle-même n'avait aucun message.

[<3]

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La vie intime d'une personne se lit à travers ses achats - ft. Grace Waterhouse
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