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Des méandres au creux des reins - [Ft Kate]


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Message envoyé le : Lun 8 Aoû - 8:38

Ezéchiel Dawson
« Dawson, tu peux y aller. »

Ezéchiel le toise avec mépris, avec haine, sans doute aussi. Il glisse en passant une liasse dans les mains du gardien. Il a désormais trente minutes de paix dans une cour arrière, un paquet de cigarettes dans la poche, voilà qu’il se sent revivre. L’air frais éclabousse son visage, il hume à plein poumons avant d’allumer le tabac. D’un signe de la main, il congédie son complice, l’artiste inspire une grande bouffée, et celle-ci se fraie un chemin dans ses poumons, ouvrant sa cage thoracique, pour la première fois depuis longtemps il se sent respirer librement. Un mouvement dans un coin manque de lui faire lâcher l’objet tenu entre ses lèvres. Il s’approche et cette fois, la cigarette tombe vraiment au sol, à peine entamée.

Au début, il est frappé par son visage, son allure, son regard. Elle lui ressemble. Non… elle leur ressemble. L’expression d’Ezéchiel se vide à mesure que dans son esprit, une vague brumeuse enserre ses pensées. Il voit le sang qui bat dans ses pupilles, un cercle noir lui obscurcit la vue. Cette fois c’est bon, il s’enfonce dans un songe sans fin, entre rêve et réalité. Dans un même visage, il retrouve les deux femmes de sa vie, si semblables et pourtant, si différentes. Est-ce un cauchemar ? Un rêve ? Ou le néant ? Son regard est fixe, planté dans les yeux de la jeune femme, mais il va bien plus loin, ou peut-être qu’il ne voit rien, ne pense à rien, il est vide.

Mort.

Elle le fascine, autant qu’elle terrifie le jeune homme, il incline la tête, comme un chien qui cherche à comprendre, ce qui est étrange puisqu’il ne réfléchit plus, Ezéchiel agit comme un robot, un robot cruellement humain. Il finit par s’avancer, le haut du corps fixe, mais les jambes en mouvement. C’est avec un mouvement gracieux, éthéré, qu’il lève les bras à hauteur du visage de la femme mais au lieu de la caresser, de l’effleurer, il ferme ses doigts sur son coup et serre. L’image est lancinante de beauté, cette peau frémissante, ondoyante, se tend à la recherche d’air. Sa nuque s’arque vers lui, elle cherche à se libérer. Elle est plus belle encore, plus sauvage, son regard s’anime, il brille, ou plutôt il brûle.

Et puis, tout aussi doucement, il se penche et pose ses lèvres sur celles de Kathérina, non pas pour l’embrasser, plus pour l’humer, la sentir. Son souffle, le pouls qui bat dans leur pulpe, son odeur, il la savoure, comme il savoure un tableau. Peut-être ne se rend-il pas compte qu’il l’agresse, qu’il viole son espace vital, il ne le sait pas. Il est en transe.

Alors, il se libère une main, tout en gardant le cou frêle de la jeune femme entre sa main gauche, désormais elle peut respirer, mais à grande peine. Il descend tout doucement. Il doit comprendre cette femme qui l’enivre, la toucher, la sentir, la découvrir. Il la désire. Non pas pour qui elle est vraiment, mais pour ses cheveux, son odeur, la lueur dans ses yeux. Parce qu’elle ressemble à la mère du chanteur. Et a cette femme. Alors il l’effleure du bout des doigts, comme pour ne pas l’abîmer. D’abord la clavicule, la douceur de sa peau, les lignes de ses veines, Ezéchiel continue sa route, en passant au-dessus du vêtement de la jeune femme. Il sent la naissance de sa poitrine, découvre le vallon qu’ils forment. Son regard suit, il semble de plus en plus loin, retranché en lui, s’éloignant de la peur et de la souffrance de sa victime. Il ne distinguait déjà plus le bien du mal, mais ici, en ce moment, il ne sait même plus ce que cela veut dire, il ne connait plus que le langage du touché, de l’exploration, et si sa partenaire souffre, il ne s’en préoccupe pas, parce qu’elle n’existe pas dans son monde de ouate.

Il passe la main sous le vêtement blanc délavé de la jeune femme, il remonte le long de son ventre, redescend, explore avec tendresse cette partie du corps qui nous lie définitivement à notre mère. La peau si douce de Kathérina frémit sous sa paume, ses muscles se tendent et cherchent à le fuir. Mais il est plus fort qu’elle, bien qu’affaibli, amaigri, il la surpasse en force. Il est maintenant presque contre elle, son genoux entre les jambes de la patiente. Son visage contre celui de la jeune femme s’est déplacé, d’abord vers le haut de sa mâchoire, puis contre le côté droit de son cou. Ses cheveux touchent le visage et la nuque de sa victime, dans une autre situation, la caresse aurait été agréable, douce, pleine d’amour. Mais le plaisir d’Ezéchiel était égoïste, il faisait du mal à cette femme, mais il n’en avait pas conscience. Il ne voulait pas être conscient.

Si la scène est violente de l’extérieur, dans la tête d’Ezéchiel il se passe une chose rare. Il ne s’y passe rien. Rien du tout. Pas de murmures, pas de sifflement, pas de grondement, pas de hurlements, de cris, de pleurs. Ni l’envie, ni son addiction à la drogue et à la cigarette ne lui font tourner la tête. Il se croit tout à faire maître de lui, alors que ce calme apparent est le signe d’une perte incontestable de toute sa maîtrise. Il s’en prend à une jeune femme innocente, probablement effrayé par lui, et il est persuadé que le silence dans sa boîte crânienne est un bon signe. Toujours est-il que ses doigts poursuivent le même long mouvement, ils se rapprochent de la poitrine de Kathérina jusqu’à l’effleurer, la toucher.

Et puis, d’un coup, c’est la fin de cet instant si paisible pour le chanteur. Un spectre apparaît devant ses yeux, et il est tantôt semblable à la jeune femme, tantôt il ne lui ressemble plus, il s’extirpe du corps de Kathérina jusqu’à devenir une autre personne. Celle qu’Ezéchiel avait confondue avec la brune. Celle dont il était fou. D’amour et de peur. Sa voix est lancinante quand elle s’écrie « tu m’as trahie ! » et s’évanoui comme un mauvais rêve. Choqué, Ezéchiel s’est écarté d’un coup, manquant de tomber en reculant. Il la regarde avec des yeux effarés, le bruit dans sa tête est revenu, un fracas immense de cris et de détresse. Sa mère, aussi, l’enjoint à se protéger contre cette engeance qui l’a fait tellement souffrir, mais cette voix perfide est noyée dans le flot continu qui assomme le musicien. Il s’élance à nouveau contre la jeune femme, la pousse contre le mur et lui attrape les épaules. La tuer, oui, c’est cela qu’il doit faire. Vite, bien, ne pas la laisser parler, cette félonne, avant que ne reviennent les gardes… Ezéchiel voudrait s’enfuir en planquant ses mains contre ses oreilles, en fermant les yeux, pour ne plus voir, ne plus sentir, ne plus entendre ce vacarme de lumières et de sons. Il souffre atrocement, c’est à la fois la douleur familière du manque mais aussi le véritable sens de son séjour ici. Il est fou. Et en cet instant, il le sait, c’est dans son ventre que se loge la peur irraisonnée qu’il ressent, il est effrayé par l’idée que tous ne sont pas ses ennemis, qu’il lui faut de l’aide, que ce cauchemar est uniquement de sa faute. Alors pour oublier il s’approche plus d’elle, les yeux roulant dans leurs orbites. Oh, comme il aimerait se terrer dans sa cellule. Mais non, il doit obéir aux voix, sinon, elles n’iront jamais le laisser en paix.

Alors, sans vraiment savoir ce qu’il fait, il enserre le cou frêle de la jeune femme. Et sous ses mains, il sent littéralement la vie vibrer. Son pouls erratique fait écho au sien, tout aussi rapide. Il sent l’air essayer de se frayer un passage entre sa poigne. Elle semble si fragile, si faible. Pour la première fois depuis presque un quart d’heure, il la regarde pour ce qu’elle est vraiment. Il ne voit qu’une jeune femme douce, mais sans doute ne voit-il pas dans ses yeux une émotion plus violente, Ezéchiel évite soigneusement de les croiser. Il sent que s’il y voit de la souffrance, il se briserait net. Mais tout à sa culpabilité, il oublie de garder ses mains où elles sont et bientôt elles pendent mollement au bout de ses bras chétifs.

Une larme roule sur sa joue.



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Message envoyé le : Lun 8 Aoû - 19:01

Kathérina Barrow
L'Amante religieuse
Ezéchiel & Kathérina

« Le malheur a été mon dieu. Je me suis allongé dans la boue. Je me suis séché à l'air du crime. Et j'ai joué de bons tours à la folie. » ► RIMBAUD







Kathérina n'avait pas réclamé à sortir ce jour là, cependant, il le fallait simplement, c'était un besoin. S'extirper de la pièce ou voir sa tête exploser, littéralement. Bonnie avait passé sa journée et lire à haute voix les bouquins qu'elle avait déniché, Lyzbeth à jurer vulgairement en faisant les cent pas dans la cellule pour trouver une issue, un moyen de sortir sans passer par la porte, et Alicia.. elle avait tenté de faire un brin de ménage, de changer la disposition du peu de meubles qu'il y avait dans la cellule en vain et pour cause ; ils étaient fixés au sol, constatation qui avait rendu dingue la maniaque. Enfin, tout dans la cellule l'insupportait au point où, même en dessous de son lit, elle se sentait trop vue, trop regardée par ses acolytes qui grouillaient dans la cellule. C'était une fourmilière trop petite pour quatre jeunes femmes, aussi chétives soient-elles !
Sifflotements sortant de bouches mis-closes, claquements des os des filles au moindre mouvement, grincements des dents serrées, les bruits étaient insupportables, ils l'étouffaient. Alors, quand le garde était arrivé et lui avait proposé de sortir, Kate avait attrapé son vêtement le plus chaud et avait suivit à l'aveuglette, sans se poser de questions ni tenter quoi que ce soit pour... sortir réellement.
Enfin dehors, la porte se referme derrière elle sous les paroles vagues du garde qui ne semble pas vraiment préoccupé par elle. La danseuse décide d'aller s'installer dans un coin à l'abris des regards, parmi les restes de cigarettes, poussière parmi la poussière. Depuis au moins un an et demi, Kate cherche désespérément les coins d'obscurité, la pénombre où elle est invisible. Au moins, personne ne s'approche, personne ne la voit et donc ne remarque son air malade, ses blessures terribles et ses yeux embrumés. Aux réceptions organisées par la noblesse, elle avait une autre façon de se cacher, enfin du moins, son mari avait une autre technique pour dissimuler son état déplorable, ce cadavre ambulant. Il la surexposait, il faisait en sorte qu'on ne remarque qu'elle et son sourire factice; elle semblait pleine de vie, tout en contradiction avec sa triste situation. Kathérina avait l'image d'une gravure de mode sortant tout droit d'un magazine Vogue ou d'une pub Chanel, son corps long et maigre paré des plus somptueuses parures assorties divinement bien avec ses tenues haute-couture. Le Duc Barrow faisait d'elle un véritable model, sa muse, son oeuvre vivante. Il aimait l'exposer, rendre jaloux les autres, il aimait la voir rayonner. Mais elle n'en pouvait plus de faire semblant, alors elle préférait largement lorsqu'il l'enfermait aux catacombes, loin de tout, loin du monde extérieur et des rayons du soleil qui pouvaient l'éclairer et donc dévoiler ses faiblesses. Dans l'obscurité, elle s'était finalement confortée. Alors qu'Andrew lui disait "Rayonne, soit belle, sourit", elle pensait "rampe, baisse les yeux, cache toi. Fuis." C'était une technique de survie d'animal apeuré, mais ça marchait. Personne ne la remarquerait.

Encore raté, c'était trop beau pour être vrai. Un garçon s'avança dangereusement vers son refuge, allumant une cigarette qu'elle pouvait distinguer de loin grâce à la faible lueur de son feu. Quelques instants passèrent pendant que l'angoisse montait à la gorge de la ballerine et il se tourna vers elle, le regard braqué comme un projecteur sur sa personne. Elle pria ; faites que je ne sois pas là.
Ça ne marche pas, Dieu refuse de coopérer et au fur et à mesure que le grand garçon (qui s'avère être un patient comme elle, au vu de son uniforme) approche d'elle, son sang se glace, elle ne parvient pas à bouger, elle ne veut pas, il ne faut pas. Le type la scrute et elle reste les yeux fuyants, cherchant de l'aide du regard. Il est trop proche d'elle et arrive finalement à sa hauteur, saisit son cou d'un geste calculé, referme ses longs doigts autour de lui, serre. La première réaction d'une personne normale et saine aurait tout bonnement été de lui administrer un violent coup bien placé pour qu'il se concentre sur autre chose que l'envie de la broyer , de fracasser sa nuque. Néanmoins, trop habituée à subir, Kate prit la décision de ne rien faire. Elle le laissa l'étouffer tout bonnement, et même si son corps envoyait des signaux de détresse, que la peau délicate de son cou se tendait en même temps que lui à la recherche d'un filet d'air, elle resta aux creux des mains, désormais maitresses de son destin, de l'homme.
Pendant que l'air commençait à se faire rare, il jugea bon de plaquer sa bouche contre la sienne, lui retirant un grand souffle, l'étouffant encore plus. Étourdie, elle vacillait légèrement, dans une situation de détresse totale. La blonde ne comprenait plus l'intérêt de la strangulation, elle n'avait pas l'impression que cela était vraiment douloureux. La souffrance venait avec les coups, avec les mains qui touchaient de façon appuyées, avec les mots cinglants et venimeux. La souffrance était quotidienne dans les bras de son mari, alors, l'étranglement pour elle n'était... qu'un petit préambule, une simple didascalie insignifiante dans un monologue ou une tirade passionnée.

Finalement, ce qu'elle redoute le plus arrive, il ose poser sa peau contre la sienne, il décide d'entamer un contact honteux qui lui tord l'estomac, quelque chose d'abominable qu'elle ne supporte plus depuis que son époux en a trop profité, l'a trop forcé à accepter cela. Mais il faut bien cela, puisque Kate n'a l'air de vivre que lorsqu'elle est en souffrance, que lorsque l'on désire l'agenouiller, l'humilier en lui ôtant la vie.
Elle tente de repousser les mains d'Ezéchiel qui s'aventurent sous son habit et sur sa peau dorée, mais le claquement sec de ses bras décharnés signalent un détail qui reste capital ; elle est trop faiblarde, incapable de se défendre, incapable d'avoir la force que Bonnie avait pour tuer ses amants. La situation lui rappelle Andrew, sa tendresse déguisée dans la violence, il manque simplement les cris injurieux de vengeance qui transpirent la jalousie. Les jambes toute aussi rachitiques et fragiles de la blondinette tremblent trop pour qu'elle envisage de faire un pas pour s'échapper de la situation. L'immobilité reste la seule alternative pour la survie ; l'homme en face d'elle n'est certes pas Andrew, mais est-il aussi dangereux que lui ? Kate ne veut plus prendre de coups. Elle ne souhaite pas se risquer dans quelque chose de terrible, elle n'a pas envie de finir à nouveau au sol, tabassée et laissée pour morte pour la centième fois. Elle tremble plus qu'à son habitude mais cherche à voiler sa peur, elle le regarde faire, nerveuse de le sentir se rapprocher, se coller ainsi. Il la bloque contre le mur, il la domine en l'immobilisant habilement, sa jambe séparant les siennes.

Elle se sentait devenir au fur et à mesure une autre, perdant peu à peu pied à la réalité, elle se sentit disparaître, au profit de Bonnie qui se réjouissait face à cette occasion. Cependant, cela n'arriva pas. Le garçon se détacha d'elle, comme effrayé soudainement par l'image qu'elle reflétait. Il avait l'air perdu, apeuré, comme elle il y a quelques instants. Elle ferma les yeux un instant, savourant cette fuguasse sensation de liberté qui lui tendait les bras avant de planter son regard dans le sien. Sans aucune raison apparente, il se rua à nouveau sur elle comme un animal sauvage, l'attrapant par les épaules et lui fracassa le dos contre le mur ce qui aggrava certainement les fractures qu'elle avait aux côtes. Kate se plia en deux les mains sur ces dernières, gémissant sous la douleur. Qu'avait-elle bien pouvoir fait à ce type pour qu'il s'acharne à ce point sur elle, était-ce un homme de main Barrow ou une sorte d'incarnation du Duc qui se manifestait de cette façon face à elle, lui faisant payer sa cavale libertine ? Encore, il la saisit au cou dans un désir non dissimulé de la tuer. Elle agrippa dans un ultime espoir ses poignets avec ses mains glacées jusqu'aux bout des ongles, plongea son regard vif dans le sien et tenta cette fois-ci de se débattre, de se défaire de cette emprise. Elle ne comprenait pas, elle voulait comprendre, il lui fallait une explication, un reproche, juste un. "Pourquoi ?" arriva-t-elle à prononcer en cherchant sa respiration tout en ayant réussit à desserrer légèrement les doigts d'Ezéchiel de sa gorge. La voix de la danseuse était une douce mélodie brisée par la terreur que lui inspirait le garçon.


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Message envoyé le : Ven 12 Aoû - 9:45

Ezéchiel Dawson

La saison était bien avancée et l’air frais du matin n’arrangeait pas. Le vent du nord fouettait sans répit Gotham et même à l’abri d’un haut mur, il arrivait à siffler aux oreilles d’Ezéchiel et le glacer jusqu’aux os. Maintenant qu’il était revenu à lui, il pouvait sentir la gifle froide de la bise et il ne désirait rien d’autre que de courir se protéger, dans sa cellule, roulé en boule. Il lui semblait que le vent glacial s’infiltrait par les zébrures qu’avait laissé Kathérina sur sa peau. Il la regarde désormais de toute sa hauteur, l’esprit affolé par son geste. Rares étaient ces moments de relative conscience, il les vivait sous l’emprise de la terreur : quand allait-il à nouveau perdre pied et s’enfoncer dans sa paranoïa, gouverné seulement par ces voix dans sa tête et sa violence sèche ? Serait-il, un jour, libre ? Car, oui, dans ces instants, le jeune homme était en proie à toute l’horreur de sa folie, il se savait pris dans un vaste filet qui se resserrait de plus en plus. Il était de moins en moins maître de lui, qu’importent les efforts des divers psychiatres, et la voix de sa mère était de plus en plus pressante et autoritaire.

Tout en s’enfonçant dans les affres de la folie, il entraînait avec lui bien des victimes, sans qu’il ne le sache. Comme cette jeune femme, comme Ezéchiel pouvait-il savoir qu’elle était à Arkham à cause,  entre autres, des violences de son époux ? Et que, chaque caresse qu’il lui avait adressée plutôt, pouvait la noyer plus encore. Et la question de la patiente fuse confusément dans son tête, il l’entend comme l’on reçoit un coup en plein plexus, c’est à son tour de manquer d’air. Pourquoi. Pourquoi ? Il aimerait lui hurler en retour cette même interrogation. Pourquoi est-il cinglé ? Pourquoi sent-il, jour après jour, sa conscience d’éloigner en flottant ? Pourquoi souffre-il ? Pourquoi ? Pourquoi ? Pourquoi ? Et d’aller en s’amplifiant, la question lui dévore le cerveau, menaçant de faire exploser son crâne. Il saisit son visage à deux mains, et pour se sauver de la douleur, il commence à se griffer les joues, recourbé sur lui-même. Il gémit, souffle, souffre. Il voudrait s’excuser, se jeter à ses pieds, pleurer comme un enfant, mais le choc mental que lui inflige la question commence à le noyer et bientôt, il le sait, il ne sera plus lui-même et son esprit déviant reprendra le contrôle de son corps, l’affamant, le rendant violent et cruel.

Un cri à peine étouffé par ses dents s’échappe, il voudrait courir loin du regard souffrant de Kathérina mais il n’en a plus la force. Il saurait à peine dire qui il est. Ses ongles ont pris une teinte rouge inquiétante. D’un point de vue extérieur, il semble tout à fait fou, alors qu’il lutte justement contre la noyade. L’ex-chanteur chancelle, il s’agite un peu puis il pose à nouveau ses yeux sur Kathérina, ses mains ont abandonné son visage et grattent convulsivement ses avant-bras. Il a le regard injecté de sang, grand ouvert sur ses pupilles dilatées par un mélange de sentiments désagréables. Il sent confusément qu’il ne lui reste plus longtemps pour prévenir la jeune femme qu’elle doit fuir avant qu’elle ne subisse un nouvel assaut duquel… le blond ne sait pas s’il saura se sortir des vapeurs de la peur pour s’éloigner à nouveau… Mais il n’arrive pas à ouvrir la bouche, il ne peut que la fixer sans un mot, sans même s’excuser. Il faut qu’il se ressaisisse ! Mais… elle est si belle. Elle a l’air à la fois faible et pourtant si sauvage. Ses allure amaigrie et ses yeux assombris lui donnent une aura dangereuse et pourtant… Assailli à nouveau par le désir, le jeune homme se sent poussé vers elle, fort heureusement, il bute encore sur un écho… une question qu’il a laissée en suspens depuis de longues minutes. Pourquoi ?

Pourquoi ?

Il écarquille les yeux encore un peu plus, saisi par la peur profonde, viscérale, de devoir encore céder la place à un autre Ezéchiel, celui qui lui vole sa vie depuis trop longtemps, tout en sachant confusément qu’il n’y avait qu’un Ezéchiel, un seul et même homme qui perdait pied trop souvent. Voire tout le temps… La faute ne pouvait pas toujours être rejetée vers les autres, vers son ex, vers sa mère, ses amis, le monde entier. Il avait souffert et… il avait cédé. Oh, c’était si simple, au début. La colère, le ressentiment, l’appel confortable de la drogue et l’accusation. Puis… était venue la solitude, car même sans l’amour de sa vie, il avait toujours eu la plupart de ses amis… Mais sa lente descente aux Enfers avait été ponctuée par des colères homériques que même l’amitié n’avait pu supporter. San garde-fou, sans allié proche, il avait achevé son voyage vers les abysses de la dépendance puis de la paranoïa. Mais, sans qu’il en soit tout à fait conscient, ses rares amis avaient décidé qu’il devait aller à Arkham. C’était un coup double, oui, il en avait coûté à ses gens de l’envoyer là où, ils le savaient, Ezéchiel allait souffrir, car un séjour à Arkham n’était pas une partie de plaisir, et l’ancien chanteur allait les haïr. Il pouvait alors sombrer plus profondément encore, ou se battre. Pour l’instant, Ezéchiel n’avait fait que se noyer. Et aujourd’hui, il avait les idées nettes, pour la première fois depuis… longtemps. Il pouvait se révolter, ou au moins sauver cette femme. S’il devait ensuite mourir fou, il aurait la conscience à peu près tranquille…

Il fit un effort surhumain, prit une respiration aussi coûteuse que douloureuse et murmura : « Dégage… Barre-toi… CASSE-TOI PUTAIN ! » Comme elle ne bougeait pas immédiatement, il sentit une vague de colère emporter sa raison. Il voulut presque la pousser au loin, la frapper. Mais il luttait, en vain peut-être, pour rester le plus longtemps maître de ses actes, et non pas un pantin de la peur. N’ayant pas la force de lui expliquer le combat qui se jouait dans sa tête, il se mit à murmurer sans arrêt à la jeune femme de s’éloigner. C’était une prière dont le seul but était de le raccrocher à la réalité, pour ne pas qu’il s’endorme et devienne tout à fait fou. Ezéchiel pressentait que c’était son dernier moment de raison. Un éclair fugace après le noir complet.



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Message envoyé le : Lun 12 Sep - 21:28

Kathérina Barrow
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« Le malheur a été mon dieu. Je me suis allongé dans la boue. Je me suis séché à l'air du crime. Et j'ai joué de bons tours à la folie. » ► RIMBAUD







Pourquoi ? C'était la question récurrente qu'elle avait eu l'habitude de se poser systématiquement lorsqu'une nouvelle situation lui faisait défaut. Un simple mot comme celui-ci lui permettait de tout remettre en question, de s'arrêter cinq minutes pour réfléchir aux situations et à pourquoi cela se produisait-il toujours de telle ou telle façon. N'importe quand, il était bon de s'adonner à une telle forme de réflexion. Elle n'avait pas compris ce qui venait de se produire, sur le coup, c'était irréaliste et improbable comme situation mais lorsqu'elle réalisait où elle était... cela devenait malheureusement d'un banal affligeant. Devant elle se tenait un grand blond qui pensait pouvoir faire tout ce qu'il voulait et qui se montrait plutôt imprévisible, tantôt indécis, tantôt pas. Comment avait-elle l'habitude de réagir face à ce type de comportement ? Elle aurait simplement pu se replier dans le coin où il l'avait bloqué  lors de leur tout premier contact en lui demandant, en le suppliant comme s'il avait les pleins pouvoir, de cesser de se mouvoir ou de la toucher. Finalement elle n'en fit rien, elle était déjà au plus bas, à quoi bon se montrer si faible et pathétique ? Le garçon était une cocotte minute, impulsive, incontrolable. Elle avait senti l'impatience transpirer des pores de chaque centimètres de sa peau, ses gestes se faisaient brusques, douloureux lorsqu'elle sentait sa poigne sur son cou désormais détendu. Ce n'était pas impressionnant, c'était son quotidien, pourquoi être si intimidée ? Il n'y avait aucune raison. Ce n'était pas Andrew, ce n'était pas lui, et cette affirmation lui redonna un peu de courage. Il a lâché la petite danseuse et il a peur. Elle ose enfin regarder le garçon qui semble en proie à la douleur, la confusion totale se fait certainement dans son esprit et il flanche, il défaille et si il avait pu partir se réfugier dans sa cellule, il l'aurait fait bien volontiers !

Ce regard perdu et torturé elle ne le connaissait que trop bien, c'était ça le plus dingue, comme si.. la folie n'était que banalité, que tout le monde pouvait en souffrir et être asservit par elle .. Tout le monde se ressemblait au final, tout le monde souffrait dans le plus grand des mutismes, un mutisme collectif que les aliénées assumés s'acharnaient à briser « Hurle que tu as mal, crie que ça ne va pas, grimpe sur les toits, dit à ce Dieu stupide d'aller se faire foutre, que toi tu la fermeras jamais, jamais ! », Lyzbeth était comme ça, la révolte, la moquerie et le scandale, c'était ses spécialités, elle défiait sans cesse n'importe qui, n'importe quoi parfois.. parfois pour des convictions fictives, juste.. histoire de passer le temps, de crier pour crier. Alors certes, parfois elle avait vraiment des raisons de s'énerver, de frapper, rendre les coups, mais elle aimait le conflit, parce qu'à travers lui elle s'affirmait. Mais Kate non, elle s'affirmait par l'art, par la danse, par ses gestes gracieux, ses pointes sur la scène, par son violon et ses cordes, par les mélodies terribles et surtout par les applaudissements, les regards admiratifs par les autres. Mais on lui avait prit tout ça, IL lui avait prit ça. Elle ne se souvenait que trop bien de ces scènes qu'elle avait vécu des milliers de fois en ces années d'amour mélangée à la crainte et la violence, la possession de l'autre était obsédante, il fallait asservir, soumettre, crever sous les jurons et les blessures, ne plus parler même à travers les cicatrices souriantes.


La situation ici était néanmoins plus complexe qu'avec Barrow ; qu'attendait Ezéchiel ? Que voulait-il d'elle ? Il s'était rué sur elle pour l'explorer, il l'avait regardé, puis fuis ses grand yeux ébahit. Puis il s'était écarté, défait d'elle comme si elle n'était que de la braise brûlante où une rose aux épines qui se plantent douloureusement dans votre chair. Présentement, une différence se faisait entre le blond et la jeune fille; elle, elle tentait d'être rationnelle, de réfléchir tendit que lui était lancé dans une bataille acharnée contre lui même. Kathérina se posait toujours les mêmes questions « Pourquoi moi ? » «  Pourquoi maintenant ? » «  Suis-je responsable ?» et, si ces questions avaient une réponse comme lorsqu'elle y réfléchissait sous les coups du Duc pour faire abstraction de la souffrance, ici.. elle ne voyait aucune « solution » parce qu'elle était venue à la conclusion qu'il n'y avait pas de raison. Lorsqu'elle se rendait compte qu'elle n'avait plus à s'en vouloir, cela devenait plus simple pour elle d'oublier la souffrance, de l'effacer. « Arrête... arrête d'être indifférente et de soutenir mon regard comme ça, arrête ça. » cela rendait fou Monsieur Barrow, par cette manière de se refermer et de se montrer insensible elle arrêtait la machine qu'il avait mis en route, il n'avait plus rien pour la toucher, l'ouvrir en deux, dégrafer ses côtes et lui ôter le cœur. Ce n'était pas nécessairement une provocation de la part de la blonde de soutenir son regard comme elle le faisait maintenant avec Ezéchiel, c'était une façon pour elle de se confronter à la réalité et de se demander « Pourquoi est-ce que ça me fait souffrir ? », « qu'est ce qui me pousse à avoir mal ? C'est simplement physique ? ». Dans le cadre de son mariage, de sa vie conjugale, c'était tout vu, elle aimait Andrew et il l'aimait, alors vivre un si beau sentiment d'une façon si intense et passionnée qui amenait à la violence.. c'était d'une tristesse et d'un dommage ! Mais là, qu'est ce qui pouvait bien lui faire du mal ? Elle ne connaissait pas son agresseur qui ne devait certainement pas se rendre compte de ce qu'il faisait et qui avait lui même l'air terrifié par la situation... Il n'était plus le même qu'il y a quelques instants, il se faisait du mal, il voulait sentir la douleur charnelle pour ne plus laisser de place à ce qui se passait à présent dans sa tête alors... qu'il devait la dominer, comme elle elle devait dominer ses démons dont elle avait difficilement connaissance.


Dans un élan, elle saisit les poignets du garçon pour qu'il arrête de s'infliger de tels supplices qu'elle savait désagréable, elle le regarde toujours et elle n'a que faire de sa brutalité du moment. Il jura, il lui demanda subitement de s'en aller, de partir, comme si il savait que d'un instant à l'autre, il pouvait exploser, littéralement. Elle n'eut pas un recul, pas un battement de cil en moins, même pas un sursaut lorsqu'il haussa le ton. « Non. Non arrête, il faut que je comprenne ce qu'il se passe dans ta tête ». La candide Kathérina, celle qui n'avait plus peur, celle qui occultait ses sentiments de terreur avait jaillit d'un coup. C'était un désir fou que de vouloir connaître les maux du blond maigrichon, généralement personne ne souhaitait partager de tels sentiments, mais il fallait qu'elle sache si cela pouvait lui permettre de comprendre, ne serait-ce d'envisager ce qu'il pouvait aussi se produire dans la tête de son époux, à qui vraisemblablement  Ezechiel s'apparentait sur quelques points. Elle savait, elle connaissait, elle aussi elle avait eu de ténébreuses nuits à s'en arracher les cheveux, à se dévorer les doigts sous l'anxiété, la peur de sombrer dans la folie pure, peur de mourir vraiment des mains de celui qu'elle aimait à en mourir. Elle ne savait en revanche pas qu'elle était aussi un bourreau, coupable d'avoir arraché la vie, traîné dans la boue, torturé et souillé. Elle était responsable de sa situation, elle était franchement atteinte mais en ce jour, en compagnie de ce garçon totalement perdu, frustré et paniqué, elle se sentait presque saine, presque à la hauteur de la survie, elle pensait pouvoir comprendre les mécanismes de son cerveau, comme Bonnie aurait été capable de le faire agilement. Ses mirettes plantées dans le regard fuyant du garçon, elle tentait de lire en lui ; pourquoi avait-il peur ? Pourquoi était-il ici ? Il était la preuve qu'on pouvait être tyran et victime à la foi, qu'on pouvait plonger et qu'avec toute la volonté du monde il aurait été impossible de remonter à la surface. Elle resserra ses mains tremblantes autour de celles du garçon qui aurait voulu fuir loin, très loin. «  Parle moi du mal qui te ronge  ».C'était sa seule obsession en ce moment, le dévorer comme un livre scientifique, partager sa douleur où l'afficher en grand sur un mur du manoir Barrow, ramener Andrew et lui dire « vous voyez, d'autres ont mal, ce n'est même pas triste, c'est normal. On a tous le droit d'être malade. Maintenant, il faut se soigner. » Elle aurait tant aimé pouvoir prononcer ces mots, mais aux côtés de son homme intimidant, pas une proposition ne venait à sortir, franchir les barrières de ses lèvres.
« Tu te contrôles ? Lâche. Tu auras moins mal.  » c'était ce qu'elle avait retenu de sa petite expérience de folle amoureuse d'un fou. Frappe, tout ira mieux après. Les excuses viennent, les bouquets de fleurs, les parures, les étreintes, les promesses d'un avenir brillant, nouveau et entouré de cotons, la sécurité de vivre dans du papier bulle. Laisse toi frapper, ce n'est qu'un mauvais moment à passer.




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Message envoyé le : Mar 20 Sep - 14:13

Ezéchiel Dawson
Incise profondément sa chair, griffe-y ton nom, marque-la à jamais. Chaque plaie sur son corps est un cri adressé à quiconque peut l’entendre. Ou plutôt, à quiconque veut l’entendre. Mais aussi un message pour lui-même, pour qu’il se rappelle qui il est, pourquoi il lute. Ses ongles battent sa peau dans l’espoir d’y inscrire qui habite cette enveloppe charnelle et peut-être aussi exorciser cette ombre pesante qui fait s’affaisser ses épaules. Cette présence qui le suit à chaque recoin de sa vie, qui lui fait peur, qui le rend acculé et colérique. Ezéchiel marque son nom sur son corps comme on grave une identité sur une pierre tombale.

Il n’était plus aisément possible de distinguer ce qui le hantait. Etait-il fou avant de perdre la femme qu’il avait aimée ? L’avait-il aimé d’un amour jaloux et destructeur, sans doute hérité de sa mère, une femme hystérique ? Avait-il perdu la raison ensuite ? La drogue et l’alcool étaient-ils une cause ou une réponse ? S’infligeait-il des blessures dans l’optique de rester sain ou était-ce une manifestation de la dégradation de son état ? Etait-il d’un naturel violent, prédisposé aux coups ou bien cela était apparu après sa descente aux enfers ? Etait-il un fou lucide ou un fou qui se croit lucide ? Allait-il mourir cinglé, seul et haït de tous ? A-t’ il peur de cette fin solitaire ? Oui. Rien ne lui semble réel, dans son esprit étriqué par la douleur de se croire abandonné par tous, ni les offres d’aide, ni les mains tendues. La mère d’Ezéchiel, maudite soit cette corneille, avait pris soin de lui enseigner que l’Homme était égoïste, que l’amour et l’amitié étaient des conceptions illusoires, que le jeune garçon devait apprendre à lire au travers des sourires, il devait comprendre que les gens se serviraient de son talent pour progresser. Elle lui avait dit de ne pas se laisser bercer par leurs voix. Mais le garçon avait grandi, il s’était éloigné du nid étouffant, il avait trouvé ailleurs un foyer rassurant. Il s’était alors entouré d’amis, de musiciens. Au début, Ezzy n’y connaissait rien, il était atrocement nul à la guitare, une torture à la batterie mais il avait un truc dans son grain de voix, dans son regard et son attitude. Ivy était sans doute son meilleur pote, son ange gardien, celui qui lui avait foutu une raclée pour avoir douté de leur amitié. Ivy c’était… cet ami qui vous fait croire que tout ira bien tant que vous vous tenez l’un à côté de l’autre, droit et fier. Tout est allé très vite, le succès, l’amour de la scène, l’amour tout cours. Encore une fois, Ezzy s’était souvenu de sa mère en rencontrant Nath, mais il était croyait que les mots de sa mère étaient restés dans ses souvenirs comme des paroles proférées dans la colère.

Mais quand tout est allé de travers, Ezéchiel s’est appuyé sur le mauvais soutient. Au lieu d’écouter ses amis, ses proches, il s’est remémoré sa mère et, croyant qu’elle avait raison, s’est mis en tête que tout le monde s’était joué de lui. Le chanteur avait refusé les mains tendues, l’aide, le soutien, rejetant même l’affection des siens. Et c’est une histoire si commune qu’il emprunte. La chute. La peur. La colère. La solitude. Croyant se protéger, il fermait les yeux sur sa bouée de sauvetage. Mais un Homme ne peut vivre seul, et à mesure qu’il s’isole avec le souvenir de sa mère comme seul compagnon, il perd la tête. Ezéchiel se sent devenir fou. Ou peut-être se sentait-il déjà devenir fou, mais chanter avec ses amis gardait le monstre tapis au fond de son être. Sa vie devient un escalier que l’on parcourt, il essaie de le grimper à toute vitesse pour se distancier des marches qui le font souffrir, et il tombe, rate des marches, se blesse et souffre encore plus. Il ne comprend même pas que c’est sa course qui le fait souffrir, que ce qu’il essaie de fuir contient aussi le remède à ses maux. Mais voilà, maman a dit de courir loin des autres, maman a dit de se méfier, alors en bon enfant, il obéit.

Et le voilà devant Kathérina Barrow. Elle croit le comprendre, elle pense que ce débordement de violence c’est lui, c’est sa vraie nature. Alors qu’Ezéchiel ne rêve que de retourner à ses anciens jours où il pouvait chanter, seul, dans sa chambre d’étudiant. La jeune femme s’approche de lui et empêche les doigts d’Ezéchiel de faire encore plus de dégâts. Le contact forcé l’oblige à lever ses yeux sur la silhouette gracile. Elle dit vouloir le comprendre, mais comprendre quoi ? Comment ? Lui-même n’y arrive pas, il est perdu, témoin impuissant de sa folie. Et pourquoi ? Pour devenir comme lui ? Perdre son âme en regardant l’abysse ? Qui pourrait avoir envie de contempler le monstre qu’il était devenu… Ezéchiel ferme les yeux, il lâche prise. Mais au lieu de redevenir violent, au lieu de se cacher au fond de son corps et se laisser dicter le comportement par la peur, il relâche tous ses muscles et tombe simplement en arrière. Dans sa chute, il entraîne malgré lui la jeune femme, il garde les yeux fermés, la lumière est trop forte. Une larme glisse jusqu’au bord de son œil et s’écoule le long de sa tempe.

« Pardon… pardon… »

Il ne sait pas s’il s’excuse auprès de la jeune femme, de lui ou du ciel au-dessus d’eux. Il n’a pas encore la force de pardonner à Ivy et Nath, ni à ses amis, mais cette personne juste à côté de lui, elle n’est ni menaçante, ni effrayante. Il ne sait même plus pourquoi il l’a attaquée. Kathérina ne ressemble pas à Nath, elle n’a pas cherché comme Elkins à percer son armure, elle ne l’a pas agressé comme les gardes d’Arkham… Perdant les pédales, Ezéchiel avait cherché quelque chose ou quelqu’un à qui il pourrait infliger une souffrance semblable à celle qui l’écrasait et le terrifiait. Il n’était alors qu’un petit garçon noyé dans un corps d’adulte, perdu entre ce que dit maman et ce qu’il aime, effrayé par les monstres sous son lit et les adultes.

Sans s’en apercevoir, il glisse les bras derrière le dos de la danseuse et la serre contre lui, s’il ne se rend pas compte que c’est lui qui force cette proximité, Ezéchiel apprécie la chaleur qui communique entre lui et la jeune femme, comme un enfant qu’on félicite d’un câlin.




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Message envoyé le : Ven 21 Oct - 22:17

Kathérina Barrow
L'Amante religieuse


❝Some of them want to abuse you, some of them want to be abused❞
Ezzy & Kate
Pourquoi ? Kathérina s'était souvent posée cette question, si petite et importante à la fois. Elle n'avait eu en retour que des cris et des coups. « Pourquoi me faites-vous cela ? » « Pourquoi dois-je subir tant de violence ? », c'était bien ça le problème, elle ne comprenait pas, elle baignait dans un fleuve sans fin d'ignorance, d'éternel questionnement. Elle avait pourtant bien tenté de deviner, de lire entre les lignes, dans les yeux de son époux furieux, malheureux et passionné mais... elle ne voyait pas l'ombre d'une réponse. « Je t'aime mais.. mais tu me rends fou », il l'avait dit, il avait refermé ses mains sur ses joues trempées par les larmes, plongé ses yeux dans son regard horrifié et serré le corps à demi mort de sa tendre épouse contre lui « Tu me rends fou. », c'était peut-être la seule explication, du moins celle qui trottait dans l'esprit de la danseuse depuis la première fois où son mari l'avait frappé si fort qu'elle avait mis un temps fou avant de se redresser, d'oser reprendre le contrôle de son corps engourdit. Ce n'était pas la première fois qu'il serrait les dents et l’assommait sous un flot de reproches, la torturait de regards accusateurs, lui faisait peur de ses gestes brusques d'homme en colère. Elle l'avait regardé la première fois, elle avait eu cette angoisse intense qui l'empêchait de reprendre son souffle mais pourtant.. elle pensait que l'observer, tenter de le raisonner calmerait le jeu, ferait en sorte qu'elle puisse comprendre, apaiser. Mais Kathérina avait vite compris que c'était peine perdue, son duc n'était pas simplement une personne jalouse au sang chaud, elle s'en était rendue compte lorsque sa main avait percuté son visage jusqu'à la faire vaciller, perdre l'équilibre. Elle avait redressé la tête jusqu'à lui et, même s'il avait donné tout un tas de raisons saugrenues pour justifier ce geste, c'était... c'était la première fois qu'elle se demanda « pourquoi ? ».
Bien sûr qu'il avait regretté, tout comme les fois d'après, celles qui au fil du temps s'avéraient être de pire en pire. Elle avait fini par comprendre pourquoi Andrew se montrait si monstrueux, pourquoi d'un battement de cil il passait de l'époux parfait et pleins de tendresse à cette créature ignoble avide de violence qui prenait plaisir à la déshumaniser.
« C'est de ta faute. Tu es une mauvaise épouse, ignorante, désintéressée. Tu ne mérites pas un homme comme lui. » avait dit Alicia, son amie qui, au contraire, était la perfection incarnée. Kate l'avait cru et il y avait de quoi. Barrow était adorable, irréprochable et il était si bon avec elle que ce qu'elle racontait était irréaliste, impossible à concevoir ! On le savait si amoureux, si attentionné.. il n'aurait jamais pu lever la main sur Kate, ni même hausser le ton. Alors oui, les gens distinguaient quelques petits détails qui montrait son envie de posséder totalement la jeune femme, cette façon de la tenir systématiquement contre lui, de tiquer légèrement lorsqu'elle ouvrait la bouche pour parler à d'autres personnes que lui mais... beaucoup prenaient cela pour de la protection, une envie de la préserver des autres. Kathérina était bien plus jeune qu'Andrew alors.. il devait s'assurer de la sécurité de la pauvre petite demoiselle qui sortait tout droit d'un conte de fées, très certainement. « Tu crois vraiment que tu as quelque chose à voir la dedans ? Son comportement montre simplement qu'il veut te posséder, il a peur que tu t'en ailles, s'il pouvait te greffer à lui il le ferait sans aucune hésitation ». Les dires de Bonnie avait glacé le sang de la blonde, cette idée l'avait effrayé, pas à cause de cette idée sordide mais.. le simple fait de savoir qu'Andrew était bien capable d'une telle chose lui avait fait froid dans le dos. Il avait déjà fait beaucoup, elle était mutilée jusqu'à la moelle, les os brisés, l'esprit séparé et l'âme déchirée.. que restait-il d'elle à par un cœur qui ne battait que pour son bourreau ? « C'est stupide. Tu devrais t'en aller. » et c'était bien facile pour Lyzbeth de la regarder droit dans les mirettes et de lui dire cela, dressée droite et fière comme un I devant elle alors qu'elle était clouée au sol parmi les rats et la poussière sans la force de se relever. Le temps passé isolée à attendre Andrew, à attendre son regard, son souffle, ses étreintes autant.. qu'à les redouter était long, très long. Pourtant il était là, constamment les yeux braqués sur elle, surveillant le moindre mouvement, la moindre pulsation de sang dans son corps. Il l'avait dessiné, peint, photographié, il lui avait même parlé. Elle ne réagissait même plus, elle ne suppliait plus, elle réfléchissait à comment survivre. Elle avait compris qu'il fallait apprendre à rentrer dans sa tête à lui comme lui c'était infiltré dans son crâne, l'avait plumé, fendu en deux. « Il est fou. » Pas besoin de l'approbation de ses amies, il l'avait dit, il avait pleuré en la serrant contre lui entre mille « Pardonne moi », entre mille « je t'aime tellement », il avait avoué, certifié ; il était fou. Fou d'amour mais aussi fou de maladie et oui, c'était peut-être de la faute de Kathérina, c'était peut-être aussi de celle de Lyzbeth qui s'acharnait à le repousser, à elle aussi frapper la première, ou bien celle d'Alicia qui était si factice qu'elle paraissait irréelle, trop parfaite pour que le Duc puisse la mériter ou bien.. celle de Bonnie qui n'avait que faire de ses preuves d'amour et qui préférait de loin aller côtoyer son frère, ou d'autres personnes d'ailleurs. Elles appartenaient à Kate, elles vivaient dans son imaginaire, à travers elle et Andrew était devenu dingue à voir son épouse devenir d'autres personnes au fil des ans, au fil des traumatismes.

Mais avant cela, avant que les trois personnalités apparaissent, pourquoi Andrew avait-il commencé à être cette ordure infâme, prête à tout pour pouvoir tenir en laisse sa douce ? Avait-il toujours était fou ? Le grand blond qui avait approché Kathérina lui ressemblait beaucoup, pas dans son physique mais dans son attitude. Il avait violé son espace vital en premier lieu, il avait touché (beaucoup trop) sa peau, il avait pris sa bouche à lui en arracher la langue et d'un coup, d'un seul il avait resserré ses mains autour de son cou, il avait voulu lui faire mal et malheureusement, cette scène lui était d'une banalité effrayante, Andrew agissait de la sorte, Andrew faisait encore plus mal, Andrew avait une telle passion pour elle que chacun de ses mouvements à son égard se faisait plus intense. Si Ezechiel était comme lui ? Si il pouvait lui expliquer, lui dire ce qui le rendait fou, pourrait-elle enfin comprendre Andrew, l'aider à aller mieux, faire en sorte qu'il guérisse et qu'elle retrouve l'homme qu'elle aimait ?

« Pardon… pardon… »
Kathérina ne pu empêcher ses yeux de pleurer, elle ne chercha même pas à les sécher, ni à prendre une grande bouffée d'air pour se détendre. « Pardon », cela n'avait plus de sens, elle ne considérait même plus ces syllabes comme un mot finalement, c'était un son récurrent qui sortait de la bouche de son mari, un son sincère, oui, mais qui ne faisait qu'exprimer un remord et qui n'avait pas d'effet de changement. « Ecoute, écoute.. ça va s'arranger, c'est.. c'est pas ta faute, tu sais, c'est moi qui déraille, je sais que quelque chose ne va pas et.. et ça me rend malade de devoir faire ça, tu m'entends ? Mais.. mais maintenant qu'est ce qui me prouve que tu vas pas t'en aller, hm ? Tu vas partir si je te laisse tranquille, si je t'enferme pas, si je... tu sais que tu n'es rien, tu n'es personne sans moi t'es... qu'une petite chose fragile et... il n'y a personne d'autre au monde qui t'aimera autant que je t'aime, personne ne se soucie de toi, pourtant... pourtant si je te laisse, on va t'arracher à moi. Les gens sont mauvais à l'extérieur, il n'y a que moi qui puisse te comprendre, reste là, avec moi et... bon sang, bon sang arrête d'être si indifférente ! Montre moi ton amour, je t'en supplie ma douce, arrête de fuir mon regard. » Est ce qu'elle aimait encore son mari ? Pourquoi continuer d'aimer un homme qui vous fait du mal ? Elle l'avait aimé, l'homme qu'il était, l'homme qu'il pouvait être lorsqu'il n'était pas mauvais, lorsqu'il n'était pas dingue. Aimait-elle ce qu'il incarnait maintenant ? Oui, son cœur battait très fort, elle avait le souffle court lorsqu'il se tenait devant elle, elle tremblait.. mais n'était-ce pas de la peur ? « Dis ma Kate, dis moi que ça ira mieux aujourd'hui, que tu vas m'obéir gentiment, que tu ne vas pas trembler sous mes doigts. Dis moi que tout va bien. » le lendemain avait toujours été différent, enfin du moins le lendemain de ces journées terribles qui duraient des semaines, le lendemain qui était plus calme, où Barrow voulait se rattraper en prenant les mains de son épouse et lui faisait des serments.

Une chance, cette histoire est vraie et sincère, mais elle est malsaine, et Kathérina en a prit conscience. Il faut qu'elle réagisse, qu'elle aide l'amour de sa vie à aller mieux, à se soigner. Il faut qu'elle parle à ceux qu'elle pense être comme lui, Ezechiel en fait parti. Il tombe, l'entraine au sol avec lui. Sur le moment elle n'avait même pas cherché à comprendre pourquoi elle était passée de la verticale à l'horizontale, elle avait simplement senti les bras du blond l'entourer et.. la chute. Et ses mots résonnent dans son crâne « pardon, pardon ». Kathérina regarde le garçon, faible, fragile qui pleure et tremble, incapable d'ouvrir les yeux. « Je te pardonne. » elle avait mis quelques instants à pouvoir dire ça, quelques instants avant de considérer qu'elle pouvait, honnêtement sortir cela de sa bouche. Pourtant ce n'était pas difficile, elle disait ces trois mots presque quotidiennement avant, lorsqu'Andrew la suppliait d'accepter ses excuses. Elle n'osa plus bouger, non pas qu'Ezechiel la bloquait, non loin de là, mais elle appréhendait. Elle hésitait. "Réponds moi... qu'est-ce qui te pousse à agir comme ça.. j'ai besoin de savoir tu comprends... je suis bloquée." Qu'allait-il faire désormais ?



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Message envoyé le : Lun 7 Nov - 14:44

Ezéchiel Dawson
« Je te pardonne. »

Le jeune homme recule la tête pour la regarder, frappé en plein cœur. Il se prit à s’imaginer déformé par sa maladie, forme grotesque enserrant la fragile et si petite danseuse. Il était la Bête, et il allait dévorer la pauvre Belle, non pas qu’il le veuille, non pas qu’il ait faim, uniquement parce qu’Ezéchiel se voyait comme un bombe à retardement. Il avait longuement crée cette réalité dans le but de ne pas souffrir seul, pour ne pas mourir dans la solitude, à présent, il n’allait pas faire de mal à ses tortionnaires. Il allait arracher les pétales de cette rose frêle, posée dans le creux de son hideuse main. Dans un mouvement causé par la déformation de l’interprétation de son physique, il soulève sa main devant ses yeux, l’observe, la fait se mouvoir au-dessus des deux corps. Je te pardonne. Ces mots n’ont aucun sens dans la bouche de la brune, mais ils ont une signification profonde pour le patient qui confond mirage et réalité. La voix de Kathérina est une chimère, ce n’est pas elle qui parle, sa voix douce reflète les fantasmes du chanteur. Ce qu’il aurait voulu avoir la force de dire à Nath, à sa mère, à Ivy, ce qu’il voulait entendre de ses amis.

On lui avait souvent demandé « pourquoi ». Pourquoi tu te fais ça ? Pourquoi tu nous fais ça ? Pourquoi ? Pourquoi ? POURQUOI ? A chaque fois, Ezéchiel c’était enfoncé dans son siège, ou avait tiré sur sa clope, s’il était enchaîné et debout, alors il souriait cyniquement. Pourquoi ? Ca n’avait aucun sens de demander ça. Pourquoi ? Pourquoi Ivy ? Pourquoi Nath ? Pourquoi ? Il se le demandait tous les jours, en s’arrachant la peau du visage, en hurlant à la mort, en essayant de disparaître. Pourquoi ? Pourquoi souffrir ? Pourquoi vivre ? Pourquoi ? Pour fuir. Pour respirer. Pour l’illusion que tout ira mieux. Un jour. Dans un monde sans eux. Un monde sans ténèbres, sans ombres, sans souvenirs. Un monde blanc, calme, solitaire. Un monde sans peur. Pourquoi avoir peur, Ezéchiel ?

Pourquoi ne pas juste mourir ?

Pourquoi ?

Et soudain, Ezéchiel tremble violement, secoué par des gros sanglots. Cette fois, le grand blond pleure comme un enfant, les joues rougies par les larmes et la respiration hachée, haletante. Il s’étouffe, il le sent, cette fois c’est la fin, elle est là, pâle à faire peur, squelettique, apportant la damnation. Ezéchiel croit voir la Faucheuse, ses doigts blancs et sa cape noire, elle s’avance en flottant vers lui, alors le garçon rampe vers l’arrière, bientôt coincé par le mur d’Arkham. Il ramène ses genoux sous son menton, entour ses jambes avec ses bras et se cache tant bien que mal, la vue brouillée par l’hystérie de ses larmes.

Pourquoi fuir, Ezéchiel ? Elle est venue pour t’apporter la paix.

« J’ai si peur… tellement… Peur. »

L’Ombre est partie, chassée par la chaleur de la danseuse, il la sait proche, il sent son regard, ses questions. Pourquoi ? Pourquoi… Le jeune homme tente de se lever, tant bien que mal, avachi contre le crépi du mur, il s’y écorche le dos, les bras, la joue, l’air est si dense, si lourd, chaque respiration est une torture qu’il espère voir s’achever. Les yeux embués, le chanteur essaie de se traîner loin de la jeune femme, il s’écrase misérablement sur les marches d’un perron, il se réfugie dans le giron de ses mains, plaquées sur son visage. Les battements de son cœur sont erratiques, tantôt lents, tantôt affolés, il sent dans sa poitrine que chaque pression se rapproche de la dernière, comme si les muscles de sa poitrine se serraient pour étouffer l’organe. En chanteur discipliné, il ferme les yeux et essaie d’ouvrir au maximum ses poumons et sa gorge pour prendre une inspiration profonde. Mais son corps se rebelle et pour un moment infini, il ne sait plus comment respirer. Ezéchiel serre ses mains contre sa gorge, la bouche ouverte. Il n’a plus le choix.

Le jeune homme se traine vers le spectateur de son ultime concerto. Il se relève comme il peut, pour faire face à la brune.

« Je voulais juste… chanter. Vivre avec elle. Mourir avec elle. Je savais dès le début que… je ne pouvais plus reculer. Je… je l’aimais tellement ! Il saisit les épaules de Kathérina avec violence et le regrette immédiatement. J’étais fou… fou d’elle. Littéralement. »

Il regarde Kathérina longuement, elle comprenait. Elle savait ce que c’était de brûler pour quelqu’un d’autre.

« Mais il n’y avait pas que ça. J’avais peur, oh, si peur de disparaître. Elle était… le gardien qui m’empêchait de pâlir. Je… je ne voulais pas qu’on m’oublie… »

Si égoïste. Tellement, tellement insignifiant qu’il avait eu peur que personne ne l’aime assez pour ne pas l’oublier. Mais maintenant, sa quête de l’absolu n’avait plus lieu d’être, peut-être parce qu’il se trouvait trop pathétique pour vouloir qu’on se souvienne de lui, peut-être parce que tout le monde se souviendra du chanteur fou devenu un malade mental à cause d’une rupture. Si Ezéchiel avait toujours hurlé à tout le monde qu’il n’était pas fou et que c’était un complot, c’était surtout pour se rattacher avec désespoir à l’idée qu’il pourrait, un jour, remonter sur scène, briller, chanter, suer, jouer. Vivre. Il se fit la réflexion qu’il avait définitivement perdu ce qu’il aimait plus que tout, plus que Nath, plus que sa mère, plus que lui-même : chanter. Il vivait pour la scène et avant de s’en apercevoir, il l’avait quittée. Il se sentit vide, bien trop vide pour sortir une seule pauvre note. Et ses pensées désordonnées et erratiques n’arrangeaient en rien la confusion qui régnait donc son esprit.

Ses doigts glacés se referment sur un petit objet métallique coincé dans l’élastique de son horrible combinaison, il le regarde, regarde Kathérina, lui offre un pauvre sourire. Une excuse. Une supplique. Comme si elle pouvait l’aider. Comme si quelqu’un pouvait l’aider... Le blond fait jouer la lame dans ses mains, il ne se souvient plus vraiment l’avoir volée, c’était dans un moment de profond égarement et tout ce qui rejaillit dans son esprit sont des filaments d’ombre. Ses paupières sont lourdes de fatigue, dans sa tête, il va dormir, simplement. Ezéchiel ferme les yeux et entame nettement la peau de son poignet avec la lame de rasoir. Non pas horizontalement, mais verticalement, longuement. D’abord, il ne sent que le picotement de la coupure, mais le sang ne tarde pas à tâcher le sol. Il ouvre les yeux, ébahi et surtout terrifié.

« Je ne veux pas mourir ! »



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Des méandres au creux des reins - [Ft Kate]
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